FNEEQ ET SEXE : QUAND NOS ETABLISSEMENTS D’ENSEIGNEMENT DEVIENNENT DES TERRAINS D’ENDOCTRINEMENT

Critique du document « Les mots de la diversité liée au sexe, au genre et à l’orientation sexuelle » de la FNEEQ.

Par François Chapleau, professeur émérite, Département de Biologie, Université d’Ottawa

La FNEEQ (Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec) a récemment publié, une deuxième édition du document « Les mots de la diversité liés au sexe, au genre et à l’orientation sexuelle » par Dominique Dubuc [2]. La FNEEQ réunit plus de 40 000 membres répartis dans plus de 100 syndicats œuvrant principalement dans l’enseignement supérieur. Cependant, cette publication a le potentiel d’avoir un impact important autant dans le monde de l’enseignement supérieur que scolaire.

Malheureusement, ce document est essentiellement idéologique et repose sur une définition du sexe qui ne correspond pas à sa réalité biologique et scientifique. Sa diffusion dans le monde de l’enseignement, supérieur ou non, est en contradiction avec un enseignement de qualité qui vise explicitement, au niveau scolaire comme de manière plus globale, « d’une part, [à] permettre aux individus d’acquérir des savoirs et de développer des compétences et, d’autre part, [à] former des citoyens cultivés, engagés et responsables » (Plan stratégique 2023 2027 du ministère de l’Éducation [3]).

A) Une définition anti-binaire du sexe et du corps sexué

Dans le glossaire, le sexe est défini ainsi :
« Sexe : somme de caractéristiques biologiques liées à la reproduction (chromosomes sexuels ; taux relatifs de certaines hormones ; nature, forme et taille de certaines structures anatomiques ; présence ou non de certains caractères sexuels secondaires, etc.). Dans la population humaine, le sexe couvre un spectre de possibilités qui présente une tendance vers les pôles que sont les corps sexués typiquement masculins et les corps sexués typiquement féminins. » p.44

Définir le sexe comme une « somme » de caractéristiques sexuelles revient à détourner l’attention de la réalité reproductive des mâles et des femelles pour la concentrer uniquement sur la biologie sexuelle humaine. Il s’agit d’une posture idéologique anti-binaire qui déforme la réalité du sexe et sa fonction. De la même façon, le Larousse ne définit pas une automobile par la somme de ses pièces, mais par sa fonction : véhicule terrestre léger, à moteur, constitué d’un châssis généralement sur quatre roues et utilisé principalement pour le transport des personnes.

Ainsi, une définition du sexe dénuée de sa fonction reproductrice (la capacité de produire l’un des deux types de gamètes) est insensée. La définition du sexe proposée dans le document de la FNEEQ ouvre la porte à la thèse pseudoscientifique selon laquelle le sexe serait un « spectre » [4].

Mais revenons à la définition du sexe, celle qui se rapproche le plus de la vérité et qui devrait être enseignée dans tous nos établissements d’éducation. Elle découle de l’observation de la nature, est riche en information, en plus d’être universelle pour les espèces sexuées. Elle est fondée sur l’anisogamie (asymétrie des deux gamètes).

Le sexe d’une personne est défini par un corps ayant le potentiel de produire l’un des deux types de gamètes : des gamètes mâles (petits, nombreux, mobiles) ou des gamètes femelles (gros, peu nombreux, immobiles). [5]

Les caractéristiques sexuelles (chromosomes, hormones, organes génitaux, caractères sexuels secondaires) font partie de la biologie sexuelle. Elles ne forment pas un assemblage modulaire et indépendant de traits : elles s’inscrivent dans une stratégie développementale déterminée (chez les humains et autres mammifères) dès la fécondation par les chromosomes sexuels. Ce développement s’enclenche très tôt chez l’embryon, par une cascade précise d’expressions génétiques et de sécrétions hormonales qui vont progressivement former un corps mâle ou un corps femelle. D’ailleurs, il est important de noter que, contrairement à ce que le document indique, le sexe n’est pas assigné à la naissance ; il est observé et exact dans 99,98 % des cas chez les nouveau-nés. [6]

Bien sûr, la biologie sexuelle peut être complexe et diversifiée, mais elle ne peut pas définir le sexe, puisqu’elle en découle. Si je reprends l’analogie de l’automobile, les pièces, leur fabrication et leur utilisation découlent de la définition de l’automobile mentionnée précédemment. On ne commence pas par des pièces au hasard pour ensuite décider que cela fera une voiture. De la même manière, la biologie sexuelle, dans toute sa complexité, ne constitue pas la définition du sexe, mais elle en est l’expression et le déploiement. D’ailleurs, en médecine et en biologie, notre compréhension du fonctionnement corporel et de son évolution passe obligatoirement par la reconnaissance initiale du sexe : mâle ou femelle.

Aussi, ce document définit le « corps sexué » comme l’ensemble des « multiples caractéristiques biologiques liées au sexe d’une personne » p.30. Il est dit que « cette expression est de plus en plus utilisée pour remplacer le mot “sexe” et contribue ainsi à mieux inclure les personnes intersexes et à éviter une vision strictement binaire du sexe » p.30. Quand on présente des faussetés comme des vérités, on contribue à de l’endoctrinement. C’est le cas ici, puisque la réalité est que le sexe est binaire et que les personnes intersexes sont des mâles et femelles (voir explications ci-dessous).

Ce qu’il faut communiquer, à tous les niveaux d’enseignement, est que la binarité du sexe appartient à la réalité de notre espèce, comme à celle de plus d’un million d’espèces animales et végétales. Le « corps sexué » se répartit en deux catégories, mâle et femelle. Chaque catégorie présente une diversité de biologies sexuelles et aussi une réalité sociale qui doit être valorisée et non pas sciemment ignorée, comme c’est le cas actuellement dans nos établissements d’enseignement, surtout au niveau scolaire.

B) L’illogisme du sexe-spectre et l’instrumentalisation des personnes intersexes

Dans le texte, on lit :
« La diversité des corps sexués se déploie en effet sur un spectre de possibilités présentant une tendance vers les pôles que sont les corps sexués typiquement masculins et les corps sexués typiquement féminins. » p.11

Parler de sexe-spectre n’est pas une avancée scientifique fondée sur une interprétation rationnelle de données existantes ou sur l’observation de nouvelles données, c’est une posture purement idéologique servant un agenda politique anti-binaire. Cette posture n’a aucune légitimité scientifique, et doit être évitée surtout dans un cadre d’enseignement où il est capital que nos jeunes se sentent bien dans leur corps et jouissent d’une éducation de qualité.

D’emblée, l’illogisme inhérent à la proposition de sexe-spectre frappe. Pour définir un spectre, il faut reconnaître au préalable l’existence de deux pôles. Dans ce cas ci, on parle de pôles masculins et féminins. Autrement dit, la notion de spectre présuppose la binarité qu’elle prétend remettre en cause. On se sert de la réalité du sexe pour ensuite la nier. Cet illogisme flagrant n’a pas sa place dans un établissement d’enseignement qui promeut la pensée critique.

Deuxièmement, l’absence d’objectivité et de rigueur devient encore plus évidente quand on examine la notion de spectre. On lit que : « Les personnes intersexes s’y inscrivent, tout naturellement, au même titre que les personnes endosexes (ou dyadiques) qu’on retrouve pour leur part aux pôles dits masculin et féminin de ce spectre. » p. 11.

Les personnes intersexes sont donc mobilisées pour combler l’espace entre les pôles et ainsi donner vie à la notion de spectre. Or, sans surprise, tout est confus et imprécis dans cette définition.

Dire qu’une personne intersexe est une « personne née avec une somme de caractéristiques biologiques qui ne satisfait pas aux critères arbitrairement binaires des normes médicales traditionnelles » ne veut rien dire si ces critères ne sont pas expliqués. On se garde bien de le faire dans ce document.

On en rajoute une couche en définissant une personne endosexe (ou dyadique) comme une personne qui n’est pas intersexe. Cette définition n’apporte aucun éclairage supplémentaire : il s’agit d’une définition négative et circulaire. On ne définit pas une catégorie par la négation de l’autre ou sans indiquer de traits distinctifs positifs permettant de les distinguer sur le plan biologique. Cette confusion est d’autant plus problématique que les personnes dyadiques (endosexes) se situeraient, dans le texte, près des pôles masculin et féminin du supposé spectre.

En fait, la logique du « sexe-spectre » avec son « sexe personnel » défini comme la somme de traits biologiques aboutit à l’abolition de la catégorie « sexe ». Chaque personne ayant sa propre combinaison de traits, il y a presque autant de sexes que de personnes. Et même si deux individus obtenaient une « somme » équivalente, cela ne signifierait pas que les composantes de cette somme seraient identiques. Autrement dit, cette approche rend impossible toute catégorie sexuelle commune et partageable. On nage ici dans une mauvaise fiction.

Que d’entourloupes et de manipulations linguistiques pour dissimuler et éviter de parler du trait qui distingue positivement et catégoriquement les hommes et les femmes : la capacité de produire l’un ou l’autre type de gamètes. Nos jeunes ont le droit de connaitre la vérité sur le sexe, et ce, dès l’école primaire : il y a deux sexes, leur sexe est réel, bien défini et immuable et ils le partagent avec 50 % de la population humaine.

Ainsi, d’un point de vue biologique et médical, les personnes intersexes sont des mâles ou des femelles (selon le type de gamètes produits), avec des anomalies dans le développement de leurs caractères sexuels ou une fertilité parfois réduite ou absente. Ces variations ne créent pas de « troisième sexe » et ne s’inscrivent pas dans un sexe spectre : elles sont des anomalies (parfois pathologiques) au sein d’un plan de développement mâle ou femelle. [7]

Enfin, l’argument selon lequel « l’entretien d’une vision binaire des sexes contribue à invisibiliser les personnes intersexes… » (p.12) relève d’un sophisme particulièrement fallacieux. Il n’est étayé par aucune donnée solide. Il repose sur un langage culpabilisant et associe une position scientifique à une faute morale. En termes d’endoctrinement, on fait difficilement mieux.

Il faut cesser d’instrumentaliser les personnes intersexes pour tenter de déconstruire une réalité observable : celle de la binarité sexuelle fondée sur les fonctions reproductrices. Les personnes intersexes méritent notre respect et tous les soins adaptés à leur condition, mais elles n’ont rien à voir avec la définition du sexe et non pas à être exploitées par des idéologues en mal de repères biologiques.

L’instrumentalisation d’une minorité à des fins politiques dans ce document est déplorable et inacceptable. Et cela n’a pas sa place dans nos établissements d’enseignement ou en société.

C) Dernier exemple d’anti-binarité

Le document de la FNEEQ demande d’éviter d’employer l’expression « sexes opposés » parce qu’elle « nourrit la vision binaire des sexes et des genres et suppose l’existence d’un fossé naturel et dichotomique ».

La propagande anti-binaire est flagrante dans cette citation. Elle ignore sciemment la réalité reproductive des deux sexes qui est, de fait, marquée par « un fossé naturel et dichotomique ». Nous sommes ici dans de l’endoctrinement pur et simple.

En fait, l’adjectif « complémentaire » plutôt que « opposé » serait
préférable dans cette expression, car les deux sexes ne sont pas des ennemis ou des contraires, mais deux composantes nécessaires d’un même processus reproductif.

D) Conclusion

En prétendant que ce vocabulaire, souvent technique, vise à corriger des discriminations, l’autrice y incorpore de multiples faussetés biologiques qu’elle présente comme des évidences. La binarité y est caricaturée comme une notion nocive afin de la rendre difficile à défendre. Plus de 50 % (78 sur 116) des mots du glossaire sont définis en réaction à la binarité. Une vingtaine d’autres s’appuient ou renforcent la logique anti-binaire. Ce document cherche avant tout à établir le vocabulaire servant à l’endoctrinement des enseignants, des étudiants et des élèves sur le sujet du sexe.

Aussi, on peut bien prétendre vouloir distinguer le sexe et le genre, encore faut-il avoir une définition du sexe qui correspond à la réalité. Or, actuellement, la société québécoise, l’enseignement supérieur ou scolaire et notre système légal sont embourbés dans des constructions idéologiques du sexe et du genre qui empêchent de communiquer ou d’appliquer des savoirs robustes. Ceci nuit au vivre-ensemble et à la qualité générale de l’éducation.

Dans ma critique, je ne me suis attaqué qu’à la notion de sexe telle que définie dans ce document. Cette section ne représente qu’environ 10 % de la publication, mais elle sous-tend et oriente tout le reste. Je n’ai pas inclus d’argument lié au genre, car ce n’est pas nécessaire pour montrer les failles du texte concernant le sexe. Le sexe influence le genre, mais le genre ne change rien à la réalité du sexe. Je laisse à d’autres le soin de critiquer la notion de genre. Il y a là beaucoup à dire.

Il est clair que, sans la déconstruction préalable du sexe binaire, tout le château de cartes idéologique et terminologique du genre et de l’anti-binarité s’effondre. Croire que l’inclusion constitue l’objectif premier de ce mouvement relève de la naïveté. La motivation réelle est l’imposition de l’identité de genre, une notion subjective et fluide, comme unique marqueur social légitime, en cherchant du même coup à faire passer le sexe binaire pour un concept réactionnaire et dangereux.

On cherche à substituer au fondement biologique de notre humanité un ressenti purement subjectif, alors que celle-ci se situe précisément à l’intersection de ces deux dimensions. Ce qui est particulièrement troublant, c’est qu’on veut imposer, dans nos établissements d’enseignement, cette grande illusion identitaire, sous couvert pédagogique. Nos étudiants et élèves méritent une éducation de qualité, fondée sur la réalité évolutive et biologique du sexe, et non pas un endoctrinement qui cherche à les détacher de cette réalité.

La démonisation autoritaire de tout ce qui est binaire socialement constitue un sérieux recul pour toute société qui se prétend ouverte et démocratique.

Des états généraux sur l’éducation sont nécessaires et représentent un bon point de départ, car ce délire idéologique doit cesser.

[1] https://pq.org/wp…/uploads/2026/10/PQ-Plateforme2026.pdf
[2] https://fneeq.qc.ca/…/2026-05-04_Glossaire_mots…
[3] https://cdn-contenu.quebec.ca/…/plan-strategique-MEQ…
[4] Quelques textes qui discutent le sexe-spectre :
Ainsworth, C. (2015). Sex redefined. Nature, 518(7539), 288–291.
Fuentes, A. (2025). Sex is a spectrum: The biological limits of the binary. Princeton University Press.
[5] Quelques références parmi les plusieurs disponibles sur le sexe binaire :
Sex is a Biological Trait of Medical Significance. American College of Pediatricians – March 2021 https://acpeds.org/…/Sex-is-a-Biological-Trait-of…
Janicke, T., G. Arnqvist, P.-A. Crochet, et al. 2026. “ Biological Sex Is Binary and Rooted in Anisogamy.” Ecology Letters 29, no. 7: e70426. https://doi.org/10.1111/ele.70426.
Wright, C.M. Why There Are Exactly Two Sexes. Arch Sex Behav 54, 3941–3945 (2025). https://doi.org/10.1007/s10508-025-03348-3
Dawkins, R. 2025. Is the male Female divide a social construct or scientific reality? https://richarddawkins.substack.com/…/is-the-male…
[6] Sax L. How common is intersex a response to Anne Fausto-Sterling. J Sex Res. 2002 Aug;39(3):174-8. https://www.leonardsax.com/how-common-is-intersex-a…/
[7] Wright, C.M. Why There Are Exactly Two Sexes. Arch Sex Behav 54, 3941–3945 (2025). https://doi.org/10.1007/s10508-025-03348-3
Sex is a Biological Trait of Medical Significance. American College of Pediatricians – March 2021 https://acpeds.org/…/Sex-is-a-Biological-Trait-of…



Votre commentaire

Portrait de François Chapleau.

Lors de ma carrière universitaire de plus de 30 ans, en plus de mon programme de recherche, j’ai donné des cours sur une variété de sujets à des milliers d’étudiants. Parmi ceux-ci : la biologie évolutive, l’écologie et l’anatomie comparée des vertébrés, incluant un cours spécifiquement sur l’humain. Le concept de sexe binaire (mâle et femelle) est omniprésent et fondamental dans tous les cours et tous les programmes de recherche en biologie.

Lire la suite

Vidéos

image link video 1

image link video 2

image link video 3

image link video 4

image link video 5