
par Françcois Chapleau, professeur émérite, Université d’Ottawa
Lien vers le documentaire : https://youtu.be/IeF46gdjYhQ?si=NcFrUNe2QgTJ7r0V
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J’ai regardé le documentaire de Simon Coutu : « Trans:positions ».
En voici la critique.
Constat général : décevant. À mon avis, il a raté une belle occasion de faire réellement le tour de la question du transgenrisme. Il a choisi une perspective partielle et partiale. C’est son droit comme réalisateur et concepteur du projet. C’est aussi mon droit de le signaler.
J’ai trouvé les interventions d’Annie-Ève Collin et de Samuel Veissière très pertinentes. Malheureusement, dans le montage, elles sont placées dans un contexte déjà biaisé. Résultat : elles risquent d’être perçues négativement, sauf par ceux qui ont une vision plus globale et plus nuancée de la problématique.
Dès les premières minutes, le biais du documentariste est clair : la contestation du transgenrisme est immédiatement associée à la droite conservatrice, au convoi de la liberté, puis au mouvement anti‑mesures sanitaires. On laisse entendre que tous ces groupes se seraient tournés contre les personnes trans, en s’attaquant d’abord aux drag queens dans les écoles, puis directement aux personnes trans. Quand on présente les choses de façon aussi caricaturale dès le départ, on ne fait pas mieux que ce qu’on prétend dénoncer.
On voit ensuite un Éric Duhaime confus et mal articulé, qui commente un dossier qu’il connaît manifestement mal. Je ne peux pas m’imaginer que la solution politique dans ce débat viendra de lui.
Assez tôt dans le documentaire, Lyraël Dauphin (actrice/autrice) affirme aussi que « le sexe ne serait pas binaire », et M. Coutu laisse passer cette déclaration sans la moindre mise en perspective ou questionnement.
Cependant, j’ai apprécié une affirmation de Victoria Legault (directrice, Aide aux Trans du Québec), qui constate que le cadre légal lié aux personnes trans a évolué plus vite que la société. Je suis d’accord avec ce constat. Elle voit dans le recul actuel face aux personnes trans un problème d’acceptation sociale et souhaite que la société s’aligne sur ce cadre légal. C’est là que je ne suis pas d’accord : une partie de ce recul, selon moi, vient du fait que de plus en plus de femmes comprennent que ce cadre légal leur a fait perdre des droits.
Sauf pour quelques personnes réellement transphobes, personne ne s’oppose à l’inclusion des personnes trans dans notre société. Ces dernières doivent avoir les mêmes droits fondamentaux que tous les citoyens, mais ces droits ne peuvent pas amoindrir ceux qui découlent de la réalité permanente et immuable du sexe et qui sont nécessaires à l’émancipation de chaque citoyen.
Le point de départ d’un compromis viable, c’est la reconnaissance, dans les faits et dans la loi que le sexe est une réalité binaire, que les catégories « mâle » et « femelle » sont réelles, et que les femmes sont différentes des hommes, physiquement et psychologiquement.
Ces différences sont au cœur des discriminations fondées sur le sexe, des revendications pour assurer l’intégrité du sport féminin, de la nécessité de préserver certains espaces non mixtes et de la lutte contre les violences faites aux femmes.
Quand j’explique à des gens qui ne se sont jamais vraiment penchés sur ces enjeux qu’il faut protéger les droits fondés sur le sexe, la réponse est presque toujours : « Ben voyons, les femmes sont protégées depuis longtemps, non ? »
En réalité, non. Notre Code civil ne protège plus les femmes en tant que classe sexuelle, puisqu’il permet de modifier officiellement la mention « sexe » dans les documents officiels sur simple déclaration. Les droits supposés fondés sur le sexe ne reposent donc plus sur la réalité matérielle du sexe. C’est surtout la prise de conscience de ce décalage qui explique l’« apparent recul » mentionné par Mme Legault et qui alimente une grande partie des controverses actuelles sur ce sujet.
Croire que 50 % de la population va accepter de voir ses droits amoindris au nom de « l’inclusion » des personnes trans, c’est se mettre la tête dans le sable. Chaque controverse, chaque débat sur ce sujet conscientise un peu plus la population à cette perte de droits. Le recul n’a pas fini de « reculer ».
Autre point important : ce débat n’est pas « l’affaire de la droite conservatrice ». La défense de la réalité matérielle du sexe et des droits des femmes devrait concerner l’ensemble de l’échiquier politique.
On peut parfaitement respecter les personnes trans, défendre leur dignité et leurs droits à ne pas être discriminés, tout en affirmant légalement que ces droits ne doivent ni effacer la réalité du sexe ni diluer légalement les protections spécifiques conquises de longues luttes par les femmes. Un vrai compromis durable et inclusif doit partir de là : reconnaître à la fois la réalité matérielle du sexe et la nécessité de protéger les personnes trans contre la discrimination.
Rien de tout cela ne ressort du documentaire de Simon Coutu. En présentant la question comme l’affaire d’une « petite minorité marginale qui ne demande qu’à vivre » et en caricaturant négativement ceux qui posent des questions légitimes ou qui dressent un constat valide, le film évite le vrai débat : comment concilier concrètement les droits des personnes trans avec les droits fondés sur le sexe des femmes et des hommes ?
À la fin, le réalisateur me semble tout aussi confus qu’au début. Et c’est bien la preuve, à mes yeux, qu’il est passé à côté de la mission qu’il prétendait s’être donnée : comprendre les enjeux.
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