COMPRENDRE LA CONTROVERSE DANS LES SPORTS FÉMININS : LE RETOUR DU RESPECT DE LA RÉALITÉ BIOLOGIQUE DES FEMMES

COMPRENDRE LA CONTROVERSE DANS LES SPORTS FÉMININS : LE RETOUR DU RESPECT DE LA RÉALITÉ BIOLOGIQUE DES FEMMES

Par François Chapleau, professeur émérite, Département de biologie, Université d’Ottawa.

Date : 15 août 2026

Note : Il s’est dit beaucoup de choses farfelues sur les sports féminins au cours de derniers jours et j’ai participé à plusieurs discussions sur Facebook sur ce sujet.

J’ai écrit le texte ci-dessous avec l’objectif d’expliquer clairement et simplement les enjeux entourant l’admissibilité dans les catégories sportives féminines.

(Dans le but d’alléger le texte, des notes explicatives sur certains points sont en fin de texte. Les affirmations biologiques sont fondées sur des références et des données scientifiques que je peux fournir au besoin).

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La biologie sexuelle humaine repose sur une réalité binaire. Cette réalité revient aujourd’hui au premier plan dans la controverse affectant les sports féminins.

Pendant vingt‑cinq ans, les organisations professionnelles, les fédérations sportives et le CIO (Comité international olympique) ont tenté de concilier deux objectifs difficilement compatibles : préserver la catégorie féminine comme espace de compétition équitable et sûr pour les femmes, tout en étant inclusifs envers certaines minorités (personnes trans, personnes intersexes/DDS). On a multiplié les compromis : tests hormonaux, seuils de testostérone, critères mêlant identité de genre et éléments biologiques. Résultat : des règles changeantes, des décisions peu cohérentes, souvent éloignées des connaissances scientifiques, et une atteinte constante à l’intégrité du sport féminin. En 2025, le CIO (voir note 1) a opté pour un critère d’admissibilité fondé uniquement sur la biologie : l’absence d’un avantage physiologique masculin. Le test : un échantillon de salive qui permet de détecter facilement le sexe, mâle ou femelle. Fiabilité du test : +99,9 %. Le CIO a même prévu une procédure d’appel pour les cas qui sont dans le 0,1 %.

Au cœur de ce débat, une question revient sans cesse : qu’est‑ce qu’une femme ? Pour le CIO, la réponse est claire : elle renvoie au sexe biologique.

C’est ce qui a conduit le CIO à écarter l’identité de genre, mais aussi le sexe légal (celui inscrit sur le passeport) comme critère d’admissibilité, parce que plusieurs pays, tels le Canada et le Québec, ont légalisé l’auto‑identification du sexe (une aberration scientifique), qui renvoie à l’identité de genre plutôt qu’au sexe biologique sur les documents officiels.

Le sexe est binaire. Chez l’être humain, comme chez toutes les espèces qui se reproduisent sexuellement, il n’existe que deux types de cellules reproductrices (gamètes) : de petites cellules nombreuses et mobiles, les spermatozoïdes, et de grosses cellules moins nombreuses, riches en réserves, les ovules. Ce fait de base définit les deux sexes : mâle et femelle. Il n’existe pas de troisième type de cellule reproductive, donc pas de troisième sexe. Ceci n’est pas une opinion, mais un fait biologique.

Hommes et femmes partagent le même « plan de construction » de base : mêmes grands organes, même type de squelette, mêmes grandes familles d’hormones. L’assemblage des chromosomes sexuels à la fécondation fait rapidement bifurquer le développement embryonnaire, dès les premières semaines, en deux voies distinctes de différenciation sexuelle. Une cascade génétique et hormonale oriente alors le système reproducteur soit vers la production de petits gamètes (mâle), soit vers la production de gros gamètes (femelle) (voir note 2). Ainsi, contrairement à ce qu’on lit partout, le sexe n’est pas assigné, mais bien constaté, à la naissance, et cette observation est exacte dans plus de 99,98 % des cas.

La biologie sexuelle (organes, hormones, et traits sexuels secondaires) s’exprime dans ce cadre binaire. Elle s’organise autour des rôles reproducteurs et se traduit, en moyenne, par des différences physiques importantes entre les sexes : taille, masse musculaire, pilosité, densité osseuse, largeur des épaules, capacité pulmonaire et cardiaque, etc. On observe une grande variabilité à l’intérieur de chaque sexe, avec un certain chevauchement entre les sexes pour quelques traits (taille, poids, etc.). Contrairement à ce que pensent certains journalistes et universitaires, ce chevauchement ou le caractère continu des traits ne remet pas en question la binarité des sexes, puisque la biologie sexuelle découle du sexe, elle ne le définit pas.

C’est surtout la puberté masculine, sous l’effet de la testostérone, qui explique la différence globale entre les corps masculins et féminins. Cette différence se traduit, en performance sportive, en un avantage physiologique net, directement visible. L’action des hormones mâles commence avant la naissance, se poursuit juste après, puis se manifeste pleinement à l’adolescence. C’est précisément cet ensemble d’effets que le CIO vise à neutraliser pour l’admissibilité dans la catégorie afin de permettre aux femmes de concourir entre elles sur un pied équitable.

De penser qu’en abaissant le taux de testostérone adulte, on rembobine toute la croissance mâle et on crée une personne qui est l’équivalent athlétique d’une femme relève de la science‑fiction. On ne crée pas une femme en enlevant une couche hormonale à un homme. Les études sérieuses sont unanimes : l’effet de la suppression de la testostérone est partiel, pour ne pas dire marginal, sur la capacité athlétique d’un homme qui s’entraîne.

Au‑delà des différences hormonales, pourquoi les hommes ont‑ils, en moyenne, un avantage dans les disciplines qui demandent puissance, vitesse ou endurance ? Contrairement, à ce que certains universitaires prétendent, cette différenciation n’est pas seulement sociale ou liée à la qualité de l’entraînement. Elle est le produit de l’évolution de notre espèce sur des milliers de générations, associée à des rôles reproductifs distincts pour chaque sexe. Par exemple, on n’a qu’à penser aux pressions évolutives particulières qui ont agi sur le corps féminin dû au fait que seules les femmes portent, enfantent et allaitent la progéniture. Les catégories séparées dans le sport s’appuient sur ces réalités biologiques.

Dans le débat public au Québec, des médias comme La Presse, Le Devoir ou Radio‑Canada insistent beaucoup sur l’exclusion des personnes transgenres associée au nouveau critère du CIO, mais abordent très peu l’enjeu dominant d’équité et de sécurité lié aux différences biologiques entre hommes et femmes. De plus, ils abordent rarement le fait que la réglementation du CIO a un impact sur un deuxième groupe : les personnes intersexes, c’est‑à‑dire des mâles et femelles qui présentent de très rares anomalies ou « différences du développement sexuel » (DDS) (voir note 3).

Bien que très rares dans la population générale, certaines conditions intersexes (comme le déficit en une enzyme, la 5‑alpha‑réductase) sont surreprésentées dans quelques disciplines olympiques féminines, notamment en athlétisme (voir note 4). On parle alors d’athlètes XY (mâles) à l’apparence féminine, mais qui ont vécu une puberté masculine et présente donc des caractéristiques typiques d’un avantage physiologique masculin (voir note 5). Chez ces personnes XY, certains marqueurs du sexe (organes, hormones et parfois génétiques) sont atypiques ou discordants. Leur inclusion dans la catégorie féminine au cours des vingt‑cinq dernières années a nui à l’intégrité des compétitions féminines.

Pour ces athlètes, comme pour les personnes transgenres, les nouvelles règles d’admissibilité du CIO dans la catégorie féminine reposent dorénavant sur le même principe : l’absence d’un avantage physiologique masculin. Ils devront donc se soumettre à un test d’identité sexuelle.

Ces nouvelles règles marquent un retour à ce qui était en place à la fin du XXe siècle (test d’identification sexuelle) et qui avait été abandonné pour des raisons politiques et sociales d’« inclusion ». Elles entérinent un constat central : pour préserver l’équité et la sécurité dans la catégorie féminine, il faut tenir compte de la réalité matérielle du sexe, et non de l’identité de genre. World Athletics, la Fédération internationale de ski, World Boxing, la WTA, entre autres, l’ont compris, et d’autres organisations suivront, avec l’accord des athlètes.

Ce retour à la biologie est indispensable si l’on veut préserver et protéger la catégorie féminine, et ce n’est pas parce que le nombre de personnes transgenres et intersexes est petit que cela peut justifier un manquement à l’équité et à la sécurité.

Cela n’empêche pas de réfléchir à des formes d’inclusion, comme des catégories ouvertes, mais pas au prix de l’intégrité de la catégorie féminine elle‑même. Par ailleurs, la décision du CIO est très claire : toute personne peut concourir dans la catégorie correspondant à son sexe biologique : personne n’est exclu du sport.

En définitive, la controverse actuelle montre que, dès qu’on parle de corps, de performance et de risques physiques, la question « qu’est‑ce qu’une femme ? » ne peut pas être réduite à une réponse symbolique ou fondée sur un simple ressenti. Le sexe biologique est réel, binaire et incontournable. L’ignorer ou chercher à le déconstruire pour des raisons idéologiques a fragilisé l’équité et la sécurité des femmes dans le sport, et soulève des problèmes sociaux qui affectent les femmes et d’autres groupes dans la société. Le statu quo n’est pas une solution.

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Notes :

(1) Deux références importantes qui expliquent en détail la décision du CIO :

– Politique du CIO sur la protection de la catégorie féminine dans le sport olympique et principes directeurs pour les fédérations internationales et autres instances dirigeantes sportives https://stillmed.olympics.com/…/policy-on-the

– Foire aux questions concernant la Politique du CIO sur la protection de la catégorie féminine dans le sport olympique et principes directeurs pour les fédérations internationales et autres instances dirigeantes sportives

(https://www.olympics.com/…/faq-politique-cio-protection…)

(2) Chez le mâle, l’activation du gène SRY sur le chromosome Y déclenche la cascade génétique qui conduit au développement sexuel masculin. Chez la femelle, l’absence de ce gène (et du chromosome Y) permet l’activation d’autres gènes orientant et réalisant le développement féminin. Dans les deux cas, l’activation d’une voie inhibe rapidement le développement de l’autre sexe. C’est pourquoi l’hermaphrodisme (production des deux types de gamètes chez un seul individu) n’existe pas chez l’être humain ou chez les autres mammifères.

(3) Les deux groupes ont des réalités distinctes. Les personnes DDS ont des états physiques mesurables (organes, hormones, parfois gènes) présents dès la naissance, tandis que les personnes transgenres renvoient à un état psychologique lié à la perception de soi ou à une et à une identité de genre, c’est‑à‑dire à la façon dont une personne se perçoit. Cette distinction, rarement explicitée, est essentielle pour bien comprendre les problématiques liées aux sports.

(4) D’ailleurs, une étude récente publie dans le British Journal of Sports Medicine (2026 ; 60 : 839-841) indique que les personnes DDS XY sont 175 fois plus présentes dans l’athlétisme olympique féminin que dans la population en générale.

(5) Les cas de Caster Semenya en athlétisme et d’Imane Khelif en boxe sont souvent cités. Contrairement à ce que certains journalistes ont prétendu, ces personnes ne souffrent pas d’hyperandrogénie, ce sont des personnes XY (mâles) qui ont été identifiées, par erreur, comme fille à la naissance due à l’absence d’organes sexuels externes masculins. Ces personnes ont vécu une puberté mâle et ont un avantage physiologique masculin.



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Portrait de François Chapleau.

Lors de ma carrière universitaire de plus de 30 ans, en plus de mon programme de recherche, j’ai donné des cours sur une variété de sujets à des milliers d’étudiants. Parmi ceux-ci : la biologie évolutive, l’écologie et l’anatomie comparée des vertébrés, incluant un cours spécifiquement sur l’humain. Le concept de sexe binaire (mâle et femelle) est omniprésent et fondamental dans tous les cours et tous les programmes de recherche en biologie.

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