QUAND L’IDÉOLOGIE ÉVINCE LES PARENTS

François Chapleau, professeur émérite, Département de biologie, Université d’Ottawa

Jeudi, j’ai lu le texte de J. Facal [1] sur cette mère dont la fille, après s’être déclarée « garçon », a finalement retrouvé la paix avec son sexe biologique. Vendredi, je découvrais l’analyse percutante de Nathalie Elgrably [2] sur une étude finlandaise [3] montrant que, pour les jeunes, la transition médicale n’est pas la meilleure voie pour atteindre un réel équilibre psychologique.

J’ai aussi en tête le documentaire « Génération trans » [4] de Jean-Pierre Roy, que j’ai grandement apprécié et qui sera présenté à Québec, le 30 avril prochain au cinéma Cartier, à 19 h. À voir.

Les témoignages qu’on y entend, comme ceux qu’on retrouve ailleurs, sont particulièrement révélateurs. On y voit le désarroi et la confusion de parents dont l’enfant traverse une crise d’identité, ainsi que leur incompréhension et leur sentiment d’isolement face à un système de santé et un milieu scolaire qui semblent rompre avec une approche prudente de protection du corps et de la santé mentale des jeunes.

Ces parents qui cherchent à protéger leur enfant ont dû affronter un courant idéologique puissant et affronter de multiples obstacles, tous liés à la vision dominante de l’« identité de genre » et de « l’affirmation de genre » qui s’est imposée dans nos institutions. Je pense notamment à l’éducation à la sexualité du cours CCQ, où l’on inculque aux enfants, dès le plus jeune âge, une notion pseudoscientifique de l’identité détachée de la réalité du corps et du sexe biologique, comme si les mots « garçon » et « fille » n’étaient que de simples étiquettes arbitraires « assignées » à la naissance, sans rapport avec les chromosomes ni les organes génitaux [5].

Le présent texte (un peu long, je le reconnais) est structuré en deux temps. D’abord, un commentaire général (ceux qui n’aiment pas les longs textes peuvent arrêter à la fin de celui-ci) qui se fonde sur la deuxième partie dresse un constat sur le rôle que joue aujourd’hui l’idéologie de l’affirmation de genre dans nos écoles et notre système de santé. Ensuite, une deuxième partie qui détaille cinq grands obstacles auxquels se heurtent les parents lorsqu’ils refusent d’adhérer à ce discours dominant, par souci légitime de prudence et de protection de leur enfant.

Précision importante : ce texte ne vise pas à juger les parents qui ont choisi de soutenir une transition de leur enfant. Ils ont toute mon admiration et mon respect. Je cherche plutôt à mettre en lumière les forces sociales, scolaires, médicales et légales qui pèsent sur ces décisions. À la lumière des témoignages, il devient toutefois difficile de taire à quel point l’école et le système de santé québécois, malgré leurs démentis, trahissent leur mission éducative et médicale en orientant les familles, surtout dans une seule direction : l’approche transaffirmative ou d’affirmation de genre [6].

Commentaire général : quand l’idéologie remplace l’écoute

L’idéologie de l’affirmation de genre telle qu’elle est promue dans nos écoles, nos lois et dans le système de santé crée un environnement où les parents sont marginalisés, culpabilisés et parfois implicitement soupçonnés de nuire à leur propre enfant. Tout se passe comme si nos institutions cherchaient d’abord à protéger une doctrine, plutôt que de permettre une réflexion sereine et objective sur la souffrance réelle des jeunes.

Pourtant, une approche responsable devrait reconnaitre le rôle central des parents, permettre une exploration patiente des malaises liés au sexe sans enfermer trop vite un enfant dans une identité figée et refuser la transition, et surtout, la médicalisation comme réflexe quasi automatique. C’est ainsi que l’observation attentive, la discussion et la recherche d’alternatives non médicales ne doivent pas être perçues comme des formes de cruauté, mais comme des expressions élémentaires de prudence et de responsabilité.

En principe, tous les intervenants reconnaissent le mérite de cette approche prudente. Dans les faits, la réalité est toute autre. Le documentaire « Génération trans » et plusieurs autres montrent clairement que les impasses actuelles ne sont pas de simples malentendus individuels, mais le produit d’un cadre institutionnel idéologique qui perturbe les familles et met les parents sur la défensive.

L’histoire évoquée dans le texte de M. Facal illustre une voie possible : cette mère a reconnu la souffrance de sa fille, a tenu à distance l’idéologie qui imprègne l’école et le système de santé dans leurs échanges avec elle, ont laissé la puberté suivre son cours et leur fille s’en est sortie épanouie.

Ce type d’accompagnement attentif devrait être la norme dans une société responsable. Mais, pour y parvenir, il faudra rouvrir le débat sur les politiques scolaires, sur le cadre légal entourant l’identité de genre et sur les pratiques cliniques liées à l’affirmation de genre.

L’objectif est de redonner aux parents leur place légitime et de recentrer ce qui devrait toujours être l’objectif de toute démarche curative : la protection à long terme des enfants ; pas la défense d’un dogme.

LES OBSTACLES

En attendant ce débat, voici cinq obstacles que beaucoup de parents doivent affronter lorsqu’ils questionnent le fait que leur enfant se déclare « trans ». Je ne prétends pas que ce soit exhaustif ou que cela correspond à la réalité de tous les parents dans cette situation, mais c’est ce que je comprends des divers témoignages entendus ou lus.

  1. Disqualification du rôle parental

OBSTACLE : dès qu’un jeune déclare « je suis trans », nos écoles et le système de santé n’envisagent qu’une affirmation (souvent rapide) [6] de cette identité. Toute prudence parentale est soupçonnée d’hostilité, d’ignorance, de transphobie ou d’entrave face aux droits à l’autonomie des enfants. À défaut d’arguments scientifiques solides, la disqualification morale devient l’arme préférée des promoteurs de cette idéologie [7].

EXPLICATION : le discours scolaire actuel sur le sexe, qui tient plus de l’endoctrinement que de l’éducation, insiste sur l’idée que seul le jeune est qualifié pour déterminer sa propre identité (de genre), sans égard pour sa capacité à saisir tous les enjeux et indépendamment de son sexe ou de l’avis de ses parents. Ce ressenti doit être reconnu sans réel questionnement [8].

Ainsi, si un parent conteste l’identité déclarée ou demande du temps pour l’analyser, cela est perçu comme une négation déplacée de l’identité du jeune et comme une forme d’abus de pouvoir adulte (de l’adultisme) [9].

Par son programme CCQ, l’école est actuellement alignée sur cette notion d’identité (de genre) qui rejette et déforme la réalité du corps et la binarité du sexe. Cette idéologie valorise le ressenti en tant que vérité absolue et elle invite les intervenants à affirmer l’identité déclarée des jeunes plutôt qu’à l’explorer. Les écoles et leurs enseignants ont alors le devoir de se positionner, si nécessaire, en tant que contre-pouvoir face aux parents, en encourageant le jeune ou l’ado à se définir sans l’accord de ces derniers, plutôt qu’en collaboration avec eux.

D’ailleurs, au Québec, la directive est claire : l’accord des parents pour les jeunes de 14 ans et plus n’est pas nécessaire à la prise en charge des élèves trans ou non binaires [10]. Le personnel éducatif est même tenu de respecter la confidentialité de l’élève, y compris face à ses parents. Cette directive est une horreur pour un parent qui se retrouve devant une situation hors de son contrôle sans qu’il ait pu donner son avis. Cette directive ne sert ni les enfants, ni les parents, ni la relation parent-enseignant-école ; elle ne sert qu’à protéger l’idéologie.

  1. Le spectre de la « thérapie de conversion »

OBSTACLE : la peur d’être accusé, voire dénoncé, simplement parce qu’on ne se conforme pas automatiquement à l’affirmation de genre de son enfant.

EXPLICATION : au Québec et au Canada [11], toute démarche perçue comme voulant « changer » l’identité de genre déclarée d’une personne est assimilée à une thérapie de conversion. C’est donc illégal et inscrit dans le Code criminel.

Cette définition très large complique tout accompagnement clinique par des spécialistes où un jeune souhaite explorer ses malaises, interroger sa trajectoire identitaire ou même décider de stopper une transition.

Dans ce contexte, un parent, un enseignant, un médecin ou un thérapeute qui n’utilise pas le nouveau prénom ou qui ne reconnait pas l’identité de genre revendiqué par un enfant ou qui veut l’explorer risque de voir son geste être interprété comme une tentative de « ramener ou de “convertir” » la personne à son sexe biologique. Et cela, même si l’intention réelle est de ne pas figer prématurément une identité encore en formation, mais de l’explorer pour en connaitre les causes sous-jacentes.

Aucun parent, thérapeute, médecin ou enseignant ne mérite d’avoir cette épée de Damoclès au-dessus de sa tête lorsqu’il tente de protéger un enfant d’une idéologie qui peut menacer son bien-être.

  1. Contagion sociale minimisée

OBSTACLE : les parents qui observent l’influence des pairs, des réseaux sociaux ou de certains contenus en ligne n’osent pas toujours en parler, de peur d’être accusés de transphobie ou de mépris.

EXPLICATION : les socioactivistes du genre refusent de considérer qu’un jeune puisse s’identifier « trans » sous l’influence d’un ami trans ou à la suite d’une immersion dans des communautés ou du contenu en ligne valorisant la transidentité. Toute dynamique de mode ou de contagion sociale est ainsi écartée, au profit d’un discours qui insiste sur la sincérité et l’authenticité du ressenti de l’enfant, présenté comme à la fois « profond » et « fluide » ; une contradiction en soi. [12]

La réalité qui est transmise par les témoignages est tout autre [13]. Les réseaux sociaux et les pairs ont un rôle important dans la définition de l’identité de l’enfant [14].

Mais si un parent ose évoquer le rôle du groupe, de l’école, d’une mode passagère ou des réseaux sociaux concernant la nouvelle identité trans, il s’expose à des accusations de transphobie ou de déni de la transidentité de son enfant.

  1. Dysphorie ou crise d’adolescence ?

OBSTACLE : refuser de coller rapidement l’étiquette « trans » sur un malaise identitaire encore flou expose les parents au reproche de nier la « vraie » souffrance de leur enfant, alors qu’ils tentent justement de la comprendre.

EXPLICATION : historiquement, la dysphorie de genre est un phénomène clinique très rare. Pourtant, actuellement, tout questionnement identitaire tend à être traité comme s’il relevait automatiquement de cette dysphorie.

Les jeunes peuvent souffrir d’anxiété, de manque de confiance, d’isolement et de divers autres malaises liés à la puberté. La frontière est souvent difficile à tracer entre un trouble durable de l’identité, une homosexualité non exprimée et une crise passagère liée aux bouleversements hormonaux et morphologiques de cette période charnière du développement ou encore à une comorbidité plus importante (autisme, trauma, etc.) [15]. D’ailleurs, des études montrent qu’entre 15% [16] et 37% [17] des enfants prépubères présentant une incongruence de genre voient cette situation persister à l’âge adulte.

Or, l’éducation à la sexualité à l’école, en mettant l’accent sur l’identité de genre au détriment de la réalité corporelle et sexuelle, propose une vision partielle de la puberté et contribue à cette confusion.

Le parent se retrouve alors sommé d’accepter l’auto-diagnostic de l’enfant, ou le diagnostic posé par les institutions, sans avoir l’assurance réelle, avec preuve à l’appui, qu’une évaluation exhaustive a été faite pour établir la solidité de ce diagnostic.

Pourtant, la puberté n’est pas une maladie, l’homosexualité a tout avantage à s’exprimer dès l’enfance et l’on ne peut pas écarter sans analyse que la dysphorie « présumée » n’est que le symptôme visible d’une autre condition psychomédicale.

  1. Le réflexe de la médicalisation

OBSTACLE : dire non, ou simplement demander de retarder la prise de bloqueurs de puberté, une transition hormonale ou médicale, c’est porter le fardeau d’une culpabilité potentiellement écrasante : « Et si je l’empêchais d’être heureux ? »

EXPLICATION : bloqueurs de puberté et hormones sont souvent présentés comme des solutions pour soulager la souffrance, avec ce message implicite ou explicite : ne pas y recourir, ce serait laisser l’enfant souffrir inutilement.

Or, plusieurs études récentes appellent à la prudence [18]. Par exemple, l’étude de cohorte finlandaise déjà mentionnée, menée de 1996 à 2019, montre que les traitements de « transition de genre » n’améliorent pas l’état psychique des jeunes. Au contraire, pour les patients ayant subi des interventions hormonales ou chirurgicales, la morbidité psychiatrique augmente significativement [19].

Dans le discours actuel au Québec, les inconnues à long terme, les risques et le caractère potentiellement irréversible de certains effets sont souvent minimisés ou relégués à l’arrière-plan.

Dans ce contexte, lorsqu’un parent privilégie l’observation attentive, la prudence ou la recherche d’alternatives non médicales, cette attitude est facilement interprétée comme de la cruauté ou de l’aveuglement par les systèmes en place. Il est donc urgent que cette culpabilisation prenne fin.

Références

[1] https://tr.ee/bW0KlFqJSG
[2] https://tr.ee/fnHy81XPso
[3] S.-M.Ruuska, et coll. 2026. Psychiatric Morbidity Among Adolescents and Young Adults Who Contacted Specialised Gender Identity Services in Finland in 1996–2019: A Register Study. Acta Paediatrica (2026) : 1–9, https://doi.org/10.1111/apa.70533
[4] https://www.facebook.com/profile.php?id=61577518955715
[5] Pour en savoir plus sur le sujet, voir la vidéo intitulée « Sexe, genre et société » : https://lesexeestbinaire.com/2024/09/09/le-sexe-est-reel-et-binaire-5-sexe-genre-et-societe/
[6] Voir les témoignages dans Génération trans ; aussi l’émission de Radio-Canada « Transition médicale de genre chez les mineurs : le Québec va-t-il trop vite ? | Enquête : https://youtu.be/QXNOsxpP2ow?si=8d0TFiiYJuyj4_ZL
[7] voir le texte de Michel Dorais : https://www.facebook.com/share/p/1BSZWBzVcK/ et ma réponse : https://lesexeestbinaire.com/2026/03/23/la-binarite-sexuelle-la-verite-quon-veut-faire-taire/
[8] https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/education/services-educatifs-complementaires/Guide-diversite-sexuelle.pdf
[9] Richard, G. 2025. Soyons parents : queerness et adultisme. Édition du remue-ménage. Note : Mme Richard considère que l’intervention des parents dans les questions d’identité de genre de leurs enfants s’inscrit dans l’adultisme, c’est-à-dire dans un rapport de pouvoir où les enfants seraient les victimes de l’oppression des parents. Dans ce cadre, l’école a le devoir moral (et légal) de protéger les enfants de leurs parents. Mme Richard est la directrice de la recherche au GRIS-Montréal qui est un organisme grassement subventionné par l’état qui fait une promotion active de l’idéologie pseudoscientifique du genre et de l’anti-binarité du sexe dans nos écoles.
[10] https://tablehomophobietransphobie.org/wp-content/uploads/2018/01/Brochure-Jeunes-Trans-Web.pdf [11]https://www.publicationsduquebec.gouv.qc.ca/fileadmin/Fichiers_client/lois_et_reglements/LoisAnnuelles/fr/2020/2020C28F.PDF et https://www.parl.ca/DocumentViewer/fr/44-1/projet-loi/C-4/sanction-royal
[12] Dorais, M. 2024. La révolution des identités de genre enfin expliquée. Trécarré. voir p.58.
[13] identique à [6]
[14] Grossman, M. (2023) Lost in Trans Nation: A Child Psychiatrist’s Guide Out of the Madness. Skyhorse publishing.
Shrier, Abigail. (2022) Dommages irréversibles : comment le phénomène transgenre séduit les adolescentes. (traduction de l’anglais). Éditeur: Le Cherche Midi.
[15] Ibid.
[16] Zucker, K.J. (1985). Cross-Gender-Identified Children. In: Steiner, B.W. (eds) Gender Dysphoria. Perspectives in Sexuality. Springer, Boston, MA. https://doi.org/10.1007/978-1-4684-4784-2_4
[17] Steensma, T. D., et coll. (2013). Factors associated with Desistence and persistence of childhood gender dysphoria: A quantitative follow-up study. Journal of the American Academy of Child and Adolescent Psychiatry, 52(6), 582–590. https://doi. org/10.1016/j.jaac.2013.03.016
[18] Voir https://donoharmmedicine.org/wp-content/uploads/2024/04/CassReview_Final.pdf et pour une courte analyse https://donoharmmedicine.org/2024/04/11/cass-report-slams-gender-affirming-care-model/?gad_source=1&gad_campaignid=20707841002&gbraid=0AAAAAo-mml1HmDEezc9kWlBxrYudYafx5&gclid=CjwKCAjwtIfPBhAzEiwAv9RTJmWD1attI3qQHSZHd11yNFX1QTDDt20yrlf4fCtk-Ijm36lKvf73ExoCII8QAvD_BwE
[19] https://genethique.org/genre-une-etude-montre-que-la-transition-medicale-chez-les-jeunes-ne-reduit-pas-les-troubles-psychiques-au-contraire/#:~:text=Finlande%20%3A%20une%20%C3%A9tude%20d%C3%A9montre%20que,troubles%20psychologiques%20chez%20les%20jeunes et l’étude citée en [3].



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Portrait de François Chapleau.

Lors de ma carrière universitaire de plus de 30 ans, en plus de mon programme de recherche, j’ai donné des cours sur une variété de sujets à des milliers d’étudiants. Parmi ceux-ci : la biologie évolutive, l’écologie et l’anatomie comparée des vertébrés, incluant un cours spécifiquement sur l’humain. Le concept de sexe binaire (mâle et femelle) est omniprésent et fondamental dans tous les cours et tous les programmes de recherche en biologie.

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