MICHAEL PHELPS, FEMMES TRANS ET ÉQUITÉ SPORTIVE : PROTÉGER LA CATÉGORIE FÉMININE [1]

Par François Chapleau, professeur émérite, Département de biologie, Université d’Ottawa

Michael Phelps, grand olympien avec ses 28 médailles, fait partie, sans le vouloir vraiment, du débat entourant la dernière décision du CIO sur l’exclusion des hommes transféminisés (femmes trans) des catégories féminines.

Sur les réseaux sociaux, certaines personnes ont soutenu que sa morphologie exceptionnelle créerait un « avantage déloyal » plus grand que celui qui sépare en moyenne les hommes des femmes, et qu’ainsi le sexe ne devrait pas servir de base à la répartition des catégories sportives. Cet argument ne s’appuie sur aucune donnée et repose sur une confusion entre, d’une part, la variabilité individuelle à l’intérieur d’un même sexe et, d’autre part, la différence moyenne, systématique et bien documentée entre les sexes.

Plus sérieusement, certains évoquent parfois le « gambit Phelps », c’est-à-dire l’idée que, puisque la morphologie naturelle de Phelps lui confère des avantages considérés comme « injustes » dans sa catégorie, on devrait accepter de la même manière les avantages physiques des hommes transféminisés dans les catégories féminines. Cet argument ne tient pas, car on ne crée pas de catégories pour neutraliser les avantages spécifiques de Phelps : ce sont des avantages de compétition [2]. En revanche, les avantages liés au sexe masculin sont des avantages de catégorie (note : il existe deux catégories sexuelles, femelle et mâle).

Oui, Phelps a une morphologie exceptionnelle (grande envergure, pieds et mains larges, capacité de récupération exceptionnelle. etc.) [3], mais il reste dans l’éventail de la variabilité masculine. Son avantage global se situe à l’extrémité d’une distribution déjà façonnée par la puberté masculine (testostérone élevée, densité osseuse, masse musculaire, taille, force, capacité aérobie). C’est simplement un homme très doué physiquement pour la natation.

Les catégories sportives ne visent pas à effacer tous les avantages naturels (taille, VO2max, génétique rare), ce qui serait impossible et contraire à l’idée même du sport qui valorise des talents physiques exceptionnels. Elles visent à neutraliser certains écarts systématiques, massifs et prévisibles entre groupes, qui rendraient la compétition inéquitable [4]. La différence entre hommes et femmes en termes de capacités physiques est justement l’un de ces écarts majeurs, et c’est pour cela qu’on a créé les disciplines sportives féminines au cours du 20e siècle et c’est pour cela qu’après vingt-cinq ans d’égarement idéologique, le CIO revient aux tests d’identification du sexe.

La science montre qu’un « profil masculin » se met en place très tôt (in utero), puis se déploie lentement lors de l’enfance, mais pleinement à la puberté sous l’effet de la testostérone : augmentation marquée de la taille, de la masse maigre, de la force, de la puissance, de l’hémoglobine, de la densité osseuse. Ces écarts produisent en moyenne 10–30 % de différence de performance dans de nombreux sports, ce qui suffit à écarter les femmes de la compétition face aux hommes. [5]

Un homme transféminisé qui a vécu cette puberté masculine a bénéficié de ce développement : même après une baisse hormonale, une part importante de l’avantage structurel (taille, ossature, musculature) persiste [6]. Assimiler cela à un simple « talent naturel » de type « Phelps » efface la différence essentielle entre une variation individuelle à l’intérieur d’un sexe (avantages de compétition) et l’avantage systématique du sexe masculin (avantage de catégorie). Sur cette base, définir la catégorie féminine par le sexe est scientifiquement cohérent pour protéger les compétitions féminines.

[1] C’est une publication récente de la géniale Linda Blade dans laquelle elle réfute le « Phelps Gambit » qui a inspiré ce texte : voir https://x.com/coachblade/status/2043746341575373284?s=20

[2] https://research.open.ac.uk/…/how-world-sport-got-mess….

[3] https://www.scientificamerican.com/…/what-makes…/….

[4] https://stillmed.olympics.com/…/policy-on-the…

[5] Lundberg, et coll. (2024), The International Olympic Committee’s framework on fairness, inclusion and nondiscrimination on the basis of gender identity and sex variations does not protect fairness for female athletes. Scand J Med Sci Sports, 34: e14581. https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/sms.14581

[6] Hilton, E.N., Lundberg, T.R.2021. Transgender Women in the Female Category of Sport: Perspectives on Testosterone Suppression and Performance Advantage. Sports Med 51, 199–214 (2021). https://link.springer.com/article/10.1007/s40279-020-01389-3



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Portrait de François Chapleau.

Lors de ma carrière universitaire de plus de 30 ans, en plus de mon programme de recherche, j’ai donné des cours sur une variété de sujets à des milliers d’étudiants. Parmi ceux-ci : la biologie évolutive, l’écologie et l’anatomie comparée des vertébrés, incluant un cours spécifiquement sur l’humain. Le concept de sexe binaire (mâle et femelle) est omniprésent et fondamental dans tous les cours et tous les programmes de recherche en biologie.

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