LE NOUVEAU CRITÈRE D’ADMISSIBILITÉ DU CIO EN CATÉGORIE FÉMININE : RESPECT DES FEMMES, DU SEXE BIOLOGIQUE ET DE LA SCIENCE

François Chapleau, professeur émérite, Département de biologie, Université d’Ottawa.  

Le Comité international olympique (CIO) a publié un document précisant sa position sur l’admissibilité à la catégorie féminine dans le sport olympique [1].

Après un examen des données scientifiques, médicales, juridiques et des retours des fédérations et des athlètes, le CIO considère que, pour les sports qui reposent sur la force, la puissance et/ou l’endurance, la protection de l’équité sportive et de la sécurité exige de fonder l’admissibilité dans la catégorie féminine sur le sexe biologique, et non sur l’identité de genre ou le sexe légal (qui inclut parfois une auto-déclaration du sexe). Le document du CIO explique également le sort des cas d’anomalies du développement sexuel.

Le CIO définit le sexe comme étant « divisé en catégories : masculine et féminine, sur la base de la biologie reproductive, y compris les chromosomes sexuels, les gonades et les hormones ». Cette définition est indépendante de l’identité de genre, c’est-à-dire de « la perception qu’une personne a d’elle-même en tant que femme ou homme ou ni l’un ni l’autre/non binaire » [1].

Pour appliquer cette définition à l’admissibilité à la catégorie féminine, le CIO propose le recours au test du gène SRY, effectué par simple frottis buccal ou par prise de sang. C’est aujourd’hui l’outil le plus fiable pour distinguer, à des fins sportives, les personnes dont le développement sexuel est masculin de celles dont le développement est féminin [2].

Le gène SRY est un segment d’ADN situé sur le chromosome sexuel Y, propre aux hommes (XY). Sa présence est étroitement liée à un « avantage physiologique masculin » dans le sport. Les porteurs d’un gène SRY fonctionnel développent des testicules et présentent, au cours de la vie, trois pics importants de testostérone : quelques semaines avant et après la naissance, et à partir de la puberté [3]. Cette exposition prolongée à des taux de testostérone, environ 15 à 20 fois plus élevés [4] que chez les femmes, entraîne des différences marquées sur le plan physique : masse musculaire plus importante et plus puissante, densité et solidité osseuse accrues, cœur et poumons plus volumineux, plus grand nombre de globules rouges, masse grasse plus faible, etc. À entraînement équivalent, ces caractéristiques confèrent, en moyenne, aux hommes un avantage de performance significatif dans tous les sports qui mobilisent la force, la puissance ou l’endurance [5].

Cet avantage se mesure concrètement aux plus hauts niveaux de performance [6].

Dans la plupart des épreuves de course et de natation, les performances masculines de pointe dépassent les performances féminines de pointe d’environ 10 à 12 %. Dans les épreuves de lancer et de saut, l’écart dépasse souvent 20 %. Dans des disciplines faisant appel à l’explosivité (sports de combat, collisions, sports de projectile, haltérophilie, etc.), l’avantage peut dépasser 100 % [1]. Ces écarts, qui reflètent directement les effets cumulés de la testostérone sur le développement du corps masculin, expliquent pourquoi le CIO considère que, pour garantir l’équité et la sécurité, l’accès à la catégorie féminine doit être limité aux personnes de sexe biologique féminin (c’est-à-dire aux personnes qui ont un résultat négatif au test SRY).

Le CIO distingue plusieurs situations pour les personnes ayant des anomalies du développement sexuel aussi appelées des différences du développement sexuel (DSD).

La très grande majorité des mâles (XY) avec une DSD ont des testicules qui produisent de la testostérone à des niveaux masculins, et leur corps y réagit normalement. Elles développent alors des caractéristiques physiques masculines et les mêmes avantages de performance que les autres hommes. Même si leur sexe légal ou leur identité de genre peuvent être différents, leur profil physiologique et sportif reste masculin. C’est le cas, par exemple, d’Imane Khelif en boxe ou de Caster Semenya en athlétisme. Ces personnes ne seront plus admissibles dans la catégorie féminine.

Dans le cas des hommes transféminisés, plusieurs études montrent que ni la baisse de testostérone ni les traitements de transition de genre n’effacent complètement les avantages acquis pendant la puberté [6]. La masse musculaire, les os et les capacités cardio-respiratoires, entre autres, gardent des effets durables de la testostérone. Ces personnes ne seront pas admissibles dans les catégories féminines.

Il existe des cas rares où une personne XY ne tire aucun bénéfice sportif de la testostérone. C’est le cas du syndrome d’insensibilité complète aux androgènes (SICA) : la testostérone est produite, mais le corps ne la reconnaît pas [7]. Ces personnes ne développent pas de caractéristiques masculines et ont un corps comparable à celui des femmes, sans avantage de performance lié à la testostérone.

Dans ces situations très rares (SICA et quelques autres DSD similaires), le CIO estime qu’il n’y a pas de raison sportive d’exclure ces personnes de la catégorie féminine, à condition qu’un examen médical approfondi confirme l’absence d’effet de la testostérone.

En résumé, la position du CIO repose sur trois piliers : d’abord, une définition du sexe clairement biologique pour les questions d’éligibilité sportive ; ensuite, l’usage du test du gène SRY comme outil principal, fiable et peu intrusif, pour identifier un développement sexuel masculin et l’avantage physiologique qui y est lié ; enfin, une prise en compte nuancée des personnes présentant des DSD, avec une attention particulière aux cas où la testostérone ne procure pas d’avantage de performance.

Cette approche vise à concilier le respect des personnes, la protection de la catégorie féminine et les principes d’équité et de sécurité dans le sport de haut niveau. Elle est inclusive en ce sens qu’elle permet à tous les athlètes de concourir dans la catégorie correspondant à leur sexe.  

[1] https://stillmed.olympics.com/media/Documents/International-Olympic-Committee/EB/policy/policy-on-the-protection-of-the-female-category-french.pdf

[2] Tucker R, et coll. Fair and Safe Eligibility Criteria for Women’s Sport. Scand J Med Sci Sports. 2024 Aug;34(8):e14715. doi: 10.1111/sms.14715. PMID: 39169560. https://onlinelibrary.wiley.com/doi/epdf/10.1111/sms.14715

[3] Kuiri-Hänninen T, et coll. 2014. Activation of the hypothalamic-pituitary-gonadal axis in infancy: minipuberty. Horm Res Paediatr. 2014;82(2):73-80.

[4] Handelsman DJ,et coll.2018. Circulating Testosterone as the Hormonal Basis of Sex Differences in Athletic Performance. Endocr Rev. 2018 Oct 1;39(5):803-829. https://academic.oup.com/edrv/article/39/5/803/5052770

[5] Lundberg, et coll. (2024), The International Olympic Committee framework on fairness, inclusion and nondiscrimination on the basis of gender identity and sex variations does not protect fairness for female athletes. Scand J Med Sci Sports, 34: e14581. https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/sms.14581

[6] Hilton, E.N., Lundberg, T.R.2021.  Transgender Women in the Female Category of Sport: Perspectives on Testosterone Suppression and Performance Advantage. Sports Med 51, 199–214 (2021). https://link.springer.com/article/10.1007/s40279-020-01389-3

[7] David J Handelsman, Toward a Robust Definition of Sport Sex, Endocrine Reviews, Volume 45, Issue 5, October 2024, Pages 709–736, https://doi.org/10.1210/endrev/bnae013



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Portrait de François Chapleau.

Lors de ma carrière universitaire de plus de 30 ans, en plus de mon programme de recherche, j’ai donné des cours sur une variété de sujets à des milliers d’étudiants. Parmi ceux-ci : la biologie évolutive, l’écologie et l’anatomie comparée des vertébrés, incluant un cours spécifiquement sur l’humain. Le concept de sexe binaire (mâle et femelle) est omniprésent et fondamental dans tous les cours et tous les programmes de recherche en biologie.

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