SEXE BINAIRE ET DROITS DES FEMMES : DOUZE RÉALITÉS INCONTOURNABLES À RESPECTER

François Chapleau, professeur émérite, Département de biologie, Université d’Ottawa.

Publié dans Facebook et dans X, le 7 mars 2026 : https://www.facebook.com/share/p/1LBiLipUMD/

Note : une version abrégée de ce texte a été publié dans Le Droit, Le Nouvelliste, La Voix de l’Est et la Tribune, le 8 mars : https://www.latribune.ca/opinions/point-de-vue/2026/03/08/sexe-binaire-un-prealable-a-la-reconnaissance-des-femmes-TQLJNYKTIZBPVOJ4JOZ5M434FY/

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes ( 8 mars 2026), je souhaite répondre aux personnes qui contestent la définition binaire du sexe au motif qu’elle serait réductrice et enfermerait les femmes dans leur seule fonction reproductive, c’est-à-dire la production de gamètes. C’est pourtant en grande partie sur la reconnaissance de cette réalité matérielle que reposent et se construisent concrètement les droits des femmes.

1. Les douze réalités du sexe binaire

Reconnaitre la binarité du sexe sexe, c’est définir la femme (fille) comme la femelle de notre espèce et constater qu’elle possède une anatomie/physiologie capable, potentiellement, de produire de gros gamètes (ovocytes).

Reconnaître la binarité du sexe, c’est admettre que la variabilité et la diversité de la biologie sexuelle humaine s’expliquent plus clairement lorsqu’on comprend qu’elles se déploient à l’intérieur de chacun des deux sexes, mâle et femelle.

Reconnaître la binarité du sexe, c’est accepter que l’on nait mâle ou femelle et que les différences physiologiques, et une part importante des différences psychologiques entre les sexes, sont le résultat de l’évolution de leurs rôles reproductifs respectifs au fil de milliers de générations.

Reconnaître la binarité du sexe, c’est aussi un enjeu central d’éducation, de valorisation et d’émancipation des filles, en leur transmettant dès le plus jeune âge et à l’école, une compréhension claire et sereine du fait d’être femelles. Une telle éducation, ancrée dans la réalité de leur sexe, renforce leur estime d’elles-mêmes, leur autonomie et leur pouvoir d’agir.

Reconnaître la binarité du sexe, c’est admettre que certaines protections et certains droits des femmes sont directement liés à leur sexe, et que ces droits sont nécessaires pour assurer leur émancipation, leur sécurité et leur bien-être.

Reconnaître la binarité du sexe, c’est constater qu’en moyenne, les hommes possèdent des traits physiologiques qui leur confèrent un avantage dans de nombreux sports, ainsi qu’une force physique déterminante dans les interactions entre les sexes. Ce dernier aspect est au cœur de nombreuses discriminations subies par les femmes.

Reconnaître la binarité du sexe, c’est reconnaître que la médecine et la recherche scientifique s’appuient sur des différences sexuelles réelles pour prévenir, diagnostiquer et traiter les maladies.

Reconnaître la binarité du sexe, c’est admettre que de nombreuses statistiques essentielles en santé publique, en sociologie ou en criminologie reposent sur la distinction entre hommes et femmes. Sans cette distinction, il devient difficile de mesurer les inégalités, les violences sexistes, les écarts de salaire ou d’espérance de vie, et donc de mettre en place des politiques efficaces.

Reconnaître la binarité du sexe, c’est préserver la cohérence du droit lorsqu’il protège les femmes : congé de maternité, protections en cas de grossesse, politiques de lutte contre les violences masculines, quotas ou mesures de parité.

Reconnaître la binarité du sexe, c’est comprendre la raison d’être des séparations par sexe pour les toilettes, dans les sports, dans les vestiaires, dans les prisons, dans les refuges pour femmes, etc. Ces séparations ne sont pas arbitraires : elles répondent à des différences de force physique et des besoins de sécurité.

Reconnaître la binarité du sexe, c’est reconnaître la nécessité de distinguer clairement le sexe (réalité biologique) de l’identité de genre (identité ressentie et fluide). Cette distinction permet à la fois de ne pas nier la biologie et de laisser un espace à la diversité des expressions de genre, sans confondre le vécu subjectif et la réalité matérielle.

Reconnaître la binarité du sexe humain, c’est admettre que, le sexe d’une personne est définitif et immuable dès la fécondation et c’est accepter que, quoiqu’on fasse à l’apparence du corps (diverses transitions, vêtements, etc.), on ne peut pas abolir ou renier le fait d’être biologiquement mâle ou femelle.

2. Le respect des identités, mais pas au prix des droits des femmes

Rien, dans ce que j’ai dit ci-dessus, n’est incompatible avec le respect, l’empathie et la non-discrimination que l’on doit porter aux personnes qui vivent une détresse ou un malaise par rapport à leur sexe ou qui disent avoir une identité de genre. On leur souhaite ardemment de trouver un équilibre et une santé mentale en harmonie avec un corps sain.

Ce que je dis cependant, c’est que si on élargit la catégorie « femme » pour y inclure des hommes, transféminisés ou non, on brouille la réalité binaire du sexe et on affaiblit à la fois notre perception des différences entre les sexes et les protections spécifiques qui s’y rattachent. C’est malheureusement ce que fait actuellement le Code civil du Québec avec la reconnaissance de l’autodéclaration du sexe pour la mention « sexe » dans les actes de l’état civil (art. 70.1).

Ainsi, reconnaître le sexe binaire ne réduit pas les femmes à leur fonction reproductrice, elle permet au contraire de fonder concrètement leurs droits, leurs protections et leur autonomie sur la réalité matérielle de leur condition féminine. En ce sens, le droit et l’organisation sociale peuvent reconnaître les vécus de genre, mais sans jamais contredire ni effacer la réalité matérielle et évolutive du sexe. La subjectivité mérite notre respect, mais elle ne peut primer sur les faits biologiques lorsqu’il s’agit de protéger concrètement les femmes en tant que classe sexuée.

Bonne Journée internationale des droits des femmes.



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Portrait de François Chapleau.

Lors de ma carrière universitaire de plus de 30 ans, en plus de mon programme de recherche, j’ai donné des cours sur une variété de sujets à des milliers d’étudiants. Parmi ceux-ci : la biologie évolutive, l’écologie et l’anatomie comparée des vertébrés, incluant un cours spécifiquement sur l’humain. Le concept de sexe binaire (mâle et femelle) est omniprésent et fondamental dans tous les cours et tous les programmes de recherche en biologie.

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