Critique du rapport de F. Dupuis-Déry (FDD)/FAE sur la montée de l’intolérance dans nos écoles et du segment de FDD à l’émission « Tout le monde en parle »

Par François Chapleau, professeur émérite, Département de biologie, Université d’Ottawa

Le titre du rapport recherche FDD/FAE : ENSEIGNER À L’ÉCOLE AU QUÉBEC FACE À LA MISOGYNIE, L’ANTIFÉMINISME, L’HOMOPHOBIE ET LA TRANSPHOBIE

Lien : https://www.lafae.qc.ca/public/file/2026_Rapport_montee_misogynie_homphobie_transphobie-Francis-Dupuis-Dery.pdf (publié le 23 février 2026)

Présentation des textes et mise en contexte

Les quatre textes qui suivent (publiés sur Facebook et X) proposent ma lecture critique du rapport de Francis Dupuis-Déryet de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), ainsi que du passage de FDD à l’émission « Tout le monde en parle ». Je replace ces interventions dans un contexte plus large, marqué par la multiplication de diagnostics alarmistes sur la « montée de l’intolérance » dans les écoles québécoises. Mon intention n’est pas de nier l’existence de comportements problématiques (misogynie, homophobie, transphobie, etc.), mais de questionner la solidité scientifique, la représentativité et surtout la portée politique de certains rapports et prises de position qui prétendent décrire l’état du milieu scolaire.

À partir d’une analyse de la méthodologie, des présupposés idéologiques et de la rhétorique employée, je cherche à mettre en évidence les dérives d’une approche qui tend à substituer un discours militant à une véritable enquête empirique. Je montre comment des études issues de la « littérature grise », reprises sans recul critique par les médias, peuvent contribuer à imposer une vision déformée de l’école, réduite à un théâtre d’oppressions systémiques. Je plaide également pour une évaluation rigoureuse, nuancée et contextualisée des enjeux, afin de soutenir réellement le travail du personnel scolaire et de préserver la mission éducative de l’école contre les tentatives d’endoctrinement idéologique.

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  1. Critique du rapport (https://www.facebook.com/share/p/1A9nhLnq81/ ) (26 février 2026)

J’ai lu le rapport intitulé « Enseigner à l’école au Québec face à la misogynie, l’antiféminisme, l’homophobie et la transphobie », signé par Francis Dupuis-Déry en partenariat avec la Fédération autonome de l’enseignement [1]. Ce long travail ressemble davantage à un texte militant qu’à une véritable étude scientifique liée à ces enjeux sociaux : les conclusions semblent posées à l’avance, puis on sélectionne les « données » qui vont dans le sens de ces conclusions.

Il importe de rappeler que, dans la tradition des Lumières, la science repose sur des règles simples, mais incontournables : observer les faits, tester des hypothèses, vérifier les résultats, accepter la critique et la possibilité d’avoir tort. On cherche à comprendre la réalité telle qu’elle est, même si cela bouscule nos préférences politiques ou nos convictions morales.

Malheureusement, ce rapport de recherche manque d’objectivité, ne vérifie aucune hypothèse de façon empirique et ne répond à aucun des critères qui permettent de mieux comprendre l’ampleur de ces enjeux.

Une simple analyse de la méthodologie le montre bien. D’abord, les 110 personnes interrogées proviennent surtout de milieux déjà très sensibilisés à ces enjeux (comités féministes, activités syndicales, forums sur la sexualité, etc.). On recueille donc principalement le point de vue et les ressentis de personnes déjà convaincues de la gravité du problème. On ne peut pas, à partir de ces seuls témoignages, prétendre décrire fidèlement la situation dans l’ensemble des écoles et pour tous les élèves du Québec.

Ensuite, la diversité des approches qualitatives utilisées ne corrige pas ce biais de départ, elle le renforce. On obtient un portrait qui reste entièrement inscrit dans un même univers de valeurs et de préoccupations, correspondant à la grille idéologique bien connue des auteurs.

En lisant la très longue discussion, on s’aperçoit que l’analyse des données n’est qu’un prétexte pour un long discours idéologique. En fait, l’examen des données est subordonné à des impératifs moraux qui sont présentés comme étant inattaquables. Ainsi, les groupes d’opposants potentiels sont disqualifiés d’emblée, en les associant au racisme, à la transphobie, etc. Ce procédé évite le débat et la discussion des arguments.

Tout cela va à l’encontre d’une véritable quête objective de la vérité, qui consiste au contraire à chercher aussi ce qui pourrait contredire nos hypothèses, et à soumettre nos idées au doute et à la réfutation.

Ce rapport va nourrir la hargne d’une certaine gauche qui a perdu ses repères scientifiques [2]. Il comblera les militants d’un certain type de justice sociale pour qui le discours idéologique est plus important que les faits, qui sont obsédés par leur vision de la société en tant que rapport de force entre oppresseurs et opprimés, et qui veulent à tout prix imposer leur vision morale, qu’ils présentent comme émancipatrice.

Leur aveuglement idéologique ne leur permet pas de voir qu’il s’agit d’une vision contre-productive et destructrice pour le vivre-ensemble. On ne peut que leur souhaiter de retrouver la « lumière ». Quant aux enjeux soulevés dans le rapport, on ne peut qu’espérer qu’une étude scientifique sérieuse nous permettrait d’en connaitre la véritable ampleur.

[1] https://www.lafae.qc.ca/…/rapport-de-recherche…

[2] Voir le texte d’É. Nicolas du 26 février 2026 (Le Devoir) dans lequel elle affirme que les conclusions du rapport sont « accablantes ».

2. À FORCE DE VOIR DE L’OPPRESSION PARTOUT, ON NE VOIT PLUS L’ÉCOLE : commentaire sur le segment de TLMEP avec F. Dupuis-Déri et Sony Carpentier (2 mars 2026)

Pour voir le segment : https://ici.radio-canada.ca/tele/tout-le-monde-en-parle/site/segments/entrevue/2311057/discours-haine-violence-ecole-masculinisme

Mon commentaire : https://www.facebook.com/share/p/1CFV7Zsaft/

J’ai écouté hier soir (1er mars 2026) le segment de « Tout le monde en parle » avec F. Dupuis-Déri et Sony Carpentier sur le masculinisme, le sexisme et la transphobie à l’école. Alors que le premier a plongé tête baissée dans le récit anecdotique de situations extrêmes observées dans quelques écoles, le second a tout de même apporté davantage de nuances dans son propos. Je tiens à le souligner.

Dans son intervention, Francis Dupuis-Déri a présenté l’école presque uniquement sous un angle idéologique, comme si l’école était d’abord et avant tout un lieu d’oppressions multiples. En magnifiant cette perspective négative, il a occulté complètement le fait que des enseignants et des directions travaillent activement, au quotidien, à rendre l’expérience scolaire positive [1]. Cette perspective passe aussi sous silence que des milliers de jeunes obtiennent leur diplôme chaque année, et qu’ils ne réussissent pas « malgré » l’école, mais bel et bien « grâce » à l’école, à ses enseignants, à son encadrement et à ses infrastructures.

Lorsqu’une émission de grande écoute accepte de mettre presque exclusivement l’accent sur des anecdotes extrêmes, sans jamais chercher à les recadrer ou à les situer dans un contexte plus large, elle nourrit une vision idéologique où tout est lu à travers le prisme des rapports de pouvoir. Or, pour la grande majorité des élèves, l’école (surtout laïque) demeure un lieu d’expériences formatrices. Ces expériences peuvent parfois être déstabilisantes, surtout vues de l’extérieur, mais elles s’expliquent aussi par le fait que les adolescents et adolescentes y traversent leur puberté dans un environnement social riche en nouvelles occasions et défis. Certaines situations demandent évidemment à être encadrées, corrigées ou accompagnées, et c’est justement le rôle du personnel scolaire, qui fait de son mieux dans un contexte souvent complexe.

Les analyses de Dupuis-Déri mettent en lumière des situations problématiques dont il s’est bien gardé d’en mesurer l’ampleur. Le manque de nuance de son propos invite à la prudence. Son discours repose sur une grille de lecture centrée sur les rapports de domination : l’école y devient à la fois le lieu du masculinisme, du sexisme, de l’islamophobie, de la transphobie et du racisme. La réalité, elle, est beaucoup plus contrastée. Je refuse de croire que l’école est l’enfer qu’il décrit.

Enfin, cette façon d’aborder l’école met beaucoup l’accent sur les identités et les blessures, parfois au détriment de ce qui est commun entre les personnes : les valeurs partagées, les projets collectifs, les compromis possibles. À force de souligner sans cesse les lignes de fracture, on contribue à une polarisation où chacun se voit d’abord comme membre d’un groupe en conflit avec les autres, plutôt que comme un élève ou un enseignant capable de dialogue au sein d’une communauté scolaire.

Il est contre-productif de souscrire à la perspective de Dupuis-Déri, car l’école (direction, enseignants, personnel et élèves) peut alors devenir un lieu où la moindre maladresse, divergence d’opinions ou discussion sera perçue forcément comme du racisme, de la transphobie, du masculinisme, etc. Par exemple, on risque alors de confondre ce qui relève simplement du comportement d’un adolescent en pleine puberté avec une idéologie structurée, comme le masculinisme. Or, ce type de nuance n’est pas présente dans la grille interprétative qu’il a présentée à TLMEP.

De plus, ce cadre rend tout débat difficile. Exprimer un désaccord, poser des questions ou défendre une autre approche peut rapidement être dénoncée comme une forme de « violence symbolique » ou de « privilège ». On perd alors une part importante de la liberté de discussion au nom d’une vigilance morale devenue omniprésente. Ce cadre idéologique qu’il utilise également dans son récent rapport n’a pas sa place à l’école ou en société.

[1] Comme plusieurs autres personnes et groupes, j’ai de sérieux problèmes avec le volet sexualité du programme CCQ et le rôle des écoles dans les questions d’affirmation de genre, mais cela ne m’empêche pas de croire en la bonne volonté des institutions. Parfois, elles ont simplement besoin d’un recadrage sur certains sujets.

3. Précisions concernant mon commentaire sur le segment de FDD à TLMEP (3 mars 2026)

Lien : https://www.facebook.com/share/p/1CFV7Zsaft/

J’aimerais préciser mon propos sur la portée de ce segment à TLMEP.

Il est essentiel, lorsqu’on présente une recherche au grand public, de baliser clairement la portée des données. Dans le segment, le public a surtout entendu une succession de cas graves (le visage de plus en plus catastrophé de Jean-Michel Anctil à côté de FDD en témoignait), sans réelle indication de leur fréquence ni de la façon dont ils s’inscrivent dans un portrait plus large de la vie scolaire.

Présentées sans contexte, ces situations ont été perçues par le public à l’écoute comme étant représentatives de l’ensemble des écoles. Comme aucune réaction institutionnelle n’a été mentionnée, il en ressortait implicitement que le système scolaire demeurait passif ou incapable de trouver des solutions.

Cette absence d’information a d’autant plus renforcé cette perception qu’aucune indication n’a été donnée sur la manière dont les directions d’établissement et les autres instances institutionnelles ont réagi à ces cas/témoignages : ont-ils été officiellement signalés ? Ont-ils été corroborés ? Y a-t-il eu des plaintes, des mesures correctives, des suivis ? Or, la façon dont les directions et le personnel interviennent est déterminante pour apprécier l’état réel du milieu scolaire. Cet aspect aurait mérité d’être porté à l’attention du public.

Tel qu’il a été présenté, le segment m’a semblé davantage orienté vers la création d’un choc médiatique que vers une présentation nuancée de la situation dans les écoles.

Je suis également conscient que ma mise au point sera rapidement reléguée aux oubliettes et que certains médias et organismes continueront de se référer à ce segment (et au rapport) de FDD pour illustrer les prétendues horreurs de la vie scolaire au Québec. Les premiers vont continuer à y référer sans regard critique, tandis que les seconds (p. ex., Gris-Montréal) s’en serviront pour réclamer plus de financement afin d’intervenir auprès des élèves en poussant leur vision idéologique tordue qui contribue plus au problème qu’à la solution.

4. Parallèle entre le rapport de FDD/FAE et le rapport du GRIS sur la montée de l’intolérance dans les écoles (6 mars 2026)

Lien : https://www.facebook.com/share/p/14fWXFj8MYa/

Excellente critique d’Yves Gingras, dans Le Devoir (lien : https://www.ledevoir.com/opinion/idees/961590/lien-entre-religion-homophobie) de ce matin, du rapport de Francis Dupuis-Déri et de la FAE sur la misogynie, l’antiféminisme, l’homophobie et la transphobie dans nos écoles. Dans sa critique, il fait aussi écho au rapport du GRIS-Montréal publié en janvier 2025, qui évoquait une montée de l’intolérance dans les écoles. C’est précisément un parallèle entre les deux rapports que je souhaite faire ici.

J’avais formulé en 2025 une critique sévère du rapport du GRIS [1]. J’y montrais qu’il ne mesurait pas une « montée de l’intolérance », mais une hausse déclarée d’un « malaise » (en fait, d’un « mal à l’aise ») face aux orientations sexuelles, notion mal définie et abusivement assimilée à l’homophobie et à la haine. Je déplorais une terminologie idéologique (diversité sexuelle, genre, LGBTQ+) qui ne correspondait ni au questionnaire soumis aux élèves ni à l’objet réel de l’étude, limitée à l’orientation sexuelle. J’y relevais aussi plusieurs failles méthodologiques ainsi qu’une interprétation spéculative des causes, non fondée sur les données, qui évitait, notamment, de discuter clairement du rôle des religions. Enfin, je concluais que ce rapport confirmait la dérive du GRIS : de sa mission originale et utile de démystification de l’homosexualité vers la promotion de l’idéologie de genre dans nos écoles, au point de devenir, désormais, une partie du problème plutôt que de la solution.

Le rapport de Francis Dupuis-Déri et de la FAE présente plusieurs points communs avec celui du GRIS-Montréal. D’abord, ils relèvent tous deux de la « littérature grise », soit des documents qui peuvent contenir de l’information utile, mais dont la qualité méthodologique et l’objectivité ne sont pas garanties, puisqu’ils échappent aux mécanismes formels de validation scientifique. Dans ces deux rapports, on observe effectivement de sérieux déficits de rigueur méthodologique et d’argumentation scientifique [2]. Or, les deux rapports ont profité d’une stratégie de communication efficace (communiqués, conférences de presse, relais médiatique, TLMEP) qui a permis d’imposer leurs conclusions dans la communauté par l’intermédiaire de médias incapables ou peu enclins à en faire l’examen critique.

Ensuite, ces deux rapports imposent la même grille idéologique de rapports de pouvoir, où la société est lue presque exclusivement en termes de domination (masculiniste, sexiste, antiféministe, homophobe, transphobe, raciste, etc.), sans nuance ni contexte. Des données limitées et fragiles servent surtout à illustrer une thèse préalablement adoptée. Le procédé rappelle celui utilisé pour affirmer l’existence, sans fondement empirique solide, d’un « racisme systémique » dans les universités canadiennes et québécoises : on plaque d’emblée un cadre militant, puis on cherche à y faire entrer la réalité.

Dans les deux cas, il ne faut pas être dupe : ces rapports n’ont pas pour objectif premier de comprendre l’ampleur des phénomènes décrits, mais de convaincre ou de moraliser, ce qui les éloigne d’une démarche scientifique authentique et en fait davantage des instruments d’endoctrinement que de véritables outils de connaissance.

Le ministère de l’Éducation et les centres de services scolaires ne doivent pas tomber dans le panneau idéologique et reproduire les erreurs des universités, qui ont créé des cadres et bureaucraties pour s’attaquer à des problématiques « systémiques » largement inexistantes.

D’ailleurs, le ministère doit éviter de répéter l’erreur commise lorsqu’il a cédé à la pression de socioactivistes, ce qui a conduit à transformer le volet éducation sexuelle du cours CCQ en un outil d’endoctrinement à l’idéologie du genre ; une idéologie qui nie la réalité biologique des garçons et des filles propre à leur sexe, au nom de l’inclusion d’une infime minorité.

Ainsi, le ministère et les centres de services doivent d’abord obtenir une évaluation rigoureuse et nuancée de la situation réelle, plutôt que de prétendre combattre une « intolérance systémique » mal démontrée. L’objectif devrait être d’offrir un soutien concret et efficace pour traiter, au cas par cas, les situations réelles d’intolérance dans les écoles.

[1] https://lesexeestbinaire.com/…/augmentation-des…/

[2]Voir entre autres, https://www.facebook.com/share/p/1DW42CqMUG/ et https://www.facebook.com/share/p/17zX4EjZSY/ et la critique d’Yves Gingras.



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Portrait de François Chapleau.

Lors de ma carrière universitaire de plus de 30 ans, en plus de mon programme de recherche, j’ai donné des cours sur une variété de sujets à des milliers d’étudiants. Parmi ceux-ci : la biologie évolutive, l’écologie et l’anatomie comparée des vertébrés, incluant un cours spécifiquement sur l’humain. Le concept de sexe binaire (mâle et femelle) est omniprésent et fondamental dans tous les cours et tous les programmes de recherche en biologie.

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