Femmes trans et sport féminin d’élite : limites d’une méta‑analyse du BJSM et enjeux pour le CIO 

François Chapleau, professeur émérite, Département de Biologie, Université d’Ottawa

Les militants qui défendent l’inclusion des femmes trans dans les catégories féminines ont largement mis de l’avant une méta-analyse récente publiée dans le British Journal of Sports Medicine [1] pour affirmer qu’il n’existerait pas de différences athlétiques entre les femmes et les femmes trans (nées hommes) ayant suivi une hormonothérapie antiandrogénique (suppression de la testostérone). Selon eux, cela justifierait l’intégration des femmes transgenres dans les catégories féminines des sports de compétition.

Pourtant, la conclusion de l’étude est beaucoup plus prudente. Les auteurs écrivent en conclusion :

« Même si les femmes transgenres montrent une masse maigre supérieure à celle des femmes cis, leur forme physique [fitness] est similaire. Les preuves actuelles sont pour la plupart peu fiables et de qualité hétérogène, mais elles ne corroborent pas les théories selon lesquelles les femmes transgenres auraient des avantages athlétiques inhérents par rapport aux femmes cisgenres. »

De plus, si on lit attentivement la section consacrée aux limites de l’étude, on trouve, entre autres, ceci :

« Cela inclut la durée généralement courte des études (< 3 ans) et le manque de données sur les athlètes d’élite. De plus, la confusion potentielle entre les individus entraînés et non entraînés complique l’extrapolation. Les preuves disponibles restent limitées pour certains résultats spécifiques (par exemple, la force du bas du corps et la VO₂ max), […]. Une autre faiblesse de la littérature réside dans le manque de cohérence dans la communication et l’ajustement des facteurs de confondants, car peu d’études ont contrôlé les antécédents d’entraînement, le régime alimentaire, la condition physique de base, l’activité physique et la composition corporelle ou les traitements hormonaux antérieurs, ce qui pourrait nuire à l’isolation des effets du GAHT [hormonothérapie de transition], car des doses élevées d’œstrogènes peuvent modifier les estimations de la masse graisseuse et musculaire. »

Malgré ces limites, les auteurs suggèrent que leur travail apporte un éclairage nouveau sur la question de l’admissibilité des personnes transgenres dans les catégories féminines au niveau élite. En réalité, l’étude ne permet pas de tirer de telles conclusions. Quatre points principaux posent problème.

1. Absence de données sur les athlètes d’élite

Les participants des études recensées sont, pour l’essentiel, des personnes actives au niveau amateur ou non professionnel (militaires, sport de loisir, etc.). On y mesure la condition physique générale (tests de force, VO₂max, composition corporelle), mais pas les performances dans un contexte d’entraînement intensif et de compétition internationale.

Or, l’enjeu actuel — en particulier dans le contexte des Jeux olympiques — concerne l’équité dans le sport féminin d’élite, là où chaque athlète approche son potentiel maximal après des années d’entraînement rigoureux. Faute de données spécifiques sur ces profils, cette méta‑analyse ne permet pas de conclure à une équivalence de performance entre femmes trans et femmes dans le sport de haut niveau. Elle ne devrait donc pas être utilisée pour orienter des politiques touchant directement ce niveau de compétition.[2]

2. Connaissances insuffisantes sur le profil des participants

Dans la plupart des études incluses dans l’analyse, on ne dispose pas d’informations détaillées sur le niveau réel d’entraînement des participants : historique sportif, volume et intensité de l’entraînement, durée de la pratique, niveau compétitif, etc. Ces données ne sont parfois pas recueillies ou, parfois, pas contrôlées. [3]

Dans au moins un cas, on compare des femmes très entraînées à des femmes trans nettement moins entraînées, puis on conclut à une « absence de différence significative ». Sans contrôle rigoureux du niveau d’entraînement, de la préparation et de la motivation, il est impossible de savoir si les résultats reflètent des capacités physiques véritablement comparables ou simplement des différences de mode de vie et d’engagement sportif. On ne peut donc pas attribuer avec certitude les résultats observés à l’hormonothérapie.

3. Usage de mesures « relatives » qui masquent les différences pertinentes

L’un des points centraux de l’article est l’usage de mesures « relatives » (par exemple la masse maigre rapportée au poids total). Les auteurs reconnaissent que les femmes trans ont en moyenne plus de masse maigre absolue que les femmes, mais insistent sur l’absence de différence en « masse maigre relative » après ajustement statistique.

En d’autres termes, on neutralise dans l’analyse l’effet de la taille ou de poids, alors que ces variables font précisément partie du cœur de l’avantage physiologique masculin dans le sport. En ajustant pour la taille ou le poids, on « efface » statistiquement ce qui reste bien réel sur la piste, dans la piscine ou sur le terrain. Ces résultats ne peuvent donc pas être interprétés comme indicateurs de la disparition de l’avantage masculin, mais seulement comme une égalisation artificielle obtenue par choix statistique.

4. Choix biaisé des variables étudiées

Enfin, l’étude ne s’intéresse pas à des caractéristiques cruciales pour la performance sportive et peu sensibles à l’hormonothérapie, comme la taille, la longueur des membres, la largeur des épaules, la robustesse de la structure osseuse ou encore les dimensions généralement supérieures du cœur et des poumons. [4]

Or, ces éléments constituent précisément la principale limite à toute tentative d’annuler l’avantage physiologique masculin par la seule suppression de la testostérone. Aucun traitement hormonal ne peut réduire la taille déjà acquise, raccourcir les membres, rétrécir la cage thoracique ou transformer une ossature masculine en ossature féminine. En négligeant ces dimensions essentielles, l’étude ne peut pas rendre compte de l’avantage physiologique masculin dans son ensemble. Elle ne fournit donc pas une base solide pour affirmer une parité athlétique globale entre femmes trans et femmes.

Commentaire général et mise en perspective scientifique pour le CIO

Cette étude est intéressante sur le plan descriptif et méthodologique, mais elle ne devrait pas avoir d’impact direct sur la prochaine décision du CIO concernant l’admissibilité des femmes trans dans la catégorie féminine, puisqu’elle ne porte ni sur le sport d’élite ni sur l’ensemble des paramètres pertinents qui structurent l’avantage masculin. Il est à souhaiter que la décision du CIO s’aligne sur l’ensemble des connaissances scientifiques disponibles et qu’il évite de céder à des pressions idéologiques, comme il l’a fait en 2021 [5], qui menacent l’équité et la sécurité dans la catégorie féminine.

Ce que montrent les 25 dernières années de débats et de recherches en sciences du sport sur la participation des personnes transgenres et intersexes dans les catégories féminines, c’est que le concept d’«avantage physiologique masculin » (APM) s’est progressivement clarifié et est devenu central pour la question de l’admissibilité dans la catégorie féminine.

L’APM désigne un ensemble de traits et de caractéristiques physiques et physiologiques qui créent, en moyenne, un écart de performance entre les hommes et les femmes : taille, masse corporelle, densité osseuse, masse et force musculaires, capacité aérobie, vitesse, puissance, explosivité, etc. [6]. Cet avantage commence à se mettre en place dès la période prénatale, reste discret, mais présent pendant l’enfance, puis se déploie pleinement à la puberté et se maintient à l’âge adulte [7].

Ces différences physiologiques et morphologiques entre les sexes sont le produit d’un long processus évolutif qui, sur des milliers de générations, a façonné de manière différenciée le corps mâle et le corps femelle en fonction de leurs rôles reproductifs distincts. La voie développementale masculine n’est pas une simple « couche hormonale » que l’on pourrait retirer sans laisser de traces : elle implique l’ensemble de la croissance du squelette, de la musculature, des systèmes cardiovasculaire et respiratoire, etc.

La testostérone joue un rôle central dans la mise en place de cet avantage physiologique masculin [8]. Elle oriente et façonne le développement du corps masculin avant la naissance et, à partir de la puberté, provoque un gain marqué de masse et de force musculaires, une plus grande densité osseuse, une taille moyenne plus élevée, ainsi qu’une capacité cardio‑respiratoire supérieure. C’est cet effet cumulatif, agissant pendant des années de développement, qui explique l’écart de performance moyen observé entre les sexes dans la majorité des disciplines sportives.

Il est donc illusoire de croire que la simple suppression de la testostérone à l’âge adulte pourrait effacer l’avantage physiologique masculin. Une partie importante des traits ainsi acquis (par exemple la taille, la longueur des membres ou la structure osseuse) ne disparaît pas sous l’effet de l’hormonothérapie. C’est pourquoi toute tentative de supprimer complètement cet avantage afin de garantir une équité parfaite entre des athlètes masculins transféminisés et des athlètes féminines est, en pratique, impossible.

Dans ce contexte, il est crucial que les règles d’admissibilité se fondent sur la présence ou l’absence d’APM, plutôt que sur l’identité de genre ou sur l’espoir théorique d’une neutralisation hormonale complète. De ce point de vue, les critères mis en place par World Athletics [9] apparaissent aujourd’hui comme les plus cohérents avec l’état des connaissances : la catégorie féminine est réservée aux femmes (XX) et à certains groupes très rares de personnes XY présentant des anomalies du développement sexuel telles qu’elles n’ont pas développé d’APM (par exemple, l’insensibilité complète aux androgènes, syndrome de Swyer).

Tout compromis substantiel sur ces critères dans la prochaine annonce du CIO, au nom d’une inclusion de femmes trans dans la catégorie féminine sans prise en compte réelle de l’APM, constituerait un recul grave par rapport aux principes d’équité et de sécurité fondés sur la biologie.

En résumé, la recherche sur l’impact de l’hormonothérapie chez les femmes trans demeure pertinente pour comprendre ses effets sur la physiologie, mais elle ne peut servir à prétendre qu’un traitement hormonal transforme, du point de vue athlétique, un homme en femme. Une telle transformation supposerait de déconstruire à la fois une vie entière de développement sous l’influence de la testostérone et les milliers de générations d’évolution qui ont façonné le dimorphisme sexuel humain. C’est cette réalité que les instances sportives doivent reconnaître si elles souhaitent protéger durablement la catégorie féminine.

[1] https://bjsm.bmj.com/content/60/3/198

[2] Pour une discussion intéressante sur ce sujet, voir : Smoliga, J. 2026 Why Recreational Fitness Data on Trans Athletes Can’t Set Elite Sports Policy. Reality’s Last Stand. 9 février 2026.

[3] https://www.sciencemediacentre.org/expert-reaction-to…/

[4] Joyner et collab. 2025. Evidence on sex differences in sports performance. J. Applied Phys. Vol. 138 (1). https://journals.physiology.org/…/japplphysiol.00615.2024

[5] voir https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/38511417/

[6]

[7] voir https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/33289906/

[8] voir https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/38578952/ et https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/37772882/

[9] voir https://worldathletics.org/search?q=transgender



Laisser un commentaire

Portrait de François Chapleau.

Lors de ma carrière universitaire de plus de 30 ans, en plus de mon programme de recherche, j’ai donné des cours sur une variété de sujets à des milliers d’étudiants. Parmi ceux-ci : la biologie évolutive, l’écologie et l’anatomie comparée des vertébrés, incluant un cours spécifiquement sur l’humain. Le concept de sexe binaire (mâle et femelle) est omniprésent et fondamental dans tous les cours et tous les programmes de recherche en biologie.

Lire la suite

Vidéos

image link video 1

image link video 2

image link video 3

image link video 4

image link video 5