François Chapleau, professeur émérite, Département de biologie, Université d’Ottawa
Le débat sur le sexe biologique s’enlise au Canada et au Québec, tandis que le Royaume-Uni amorce un virage vers la réalité scientifique. Entre dérives idéologiques, confusion politique et intimidation universitaire, je dénonce dans ce texte une post-vérité qui brouille les repères et étouffe la discussion. Ce texte met en lumière les impacts concrets de cette dérive, les résistances à la liberté académique et l’urgence de réaffirmer la place de la science dans l’espace public et dans le milieu universitaire.
Réconciliation avec la réalité du sexe au Royaume-Uni
Nous devrions tous être un peu envieux des récents progrès des Britanniques dans le débat sur le sexe et le genre. Là où nos tentatives pour faire accepter la réalité du sexe échouent, ils ont réussi. Les Britanniques ont compris qu’il y avait des victimes liées à cette post-vérité sur le sexe : des vies d’enfants et d’adolescents ont été bouleversées, des femmes et des hommes ont été discrédités ou ont vu leur réputation souffrir pour leurs opinions, des espaces non mixtes féminins (toilettes, vestiaires, prisons, etc.) ont été occupés par des hommes, des compétitions sportives féminines ont été remportées par des hommes, etc. Ces écarts ont été commis avec l’approbation et la complicité du gouvernement, du monde politique, de certains universitaires et des médias dits « inclusifs ».
Mais, il y a actuellement une réconciliation avec la science et la réalité biologique du sexe au Royaume-Uni. Les bloqueurs de puberté sont désormais interdits pour les enfants[i]. La Cour suprême a confirmé que les droits des femmes sont liés au sexe biologique (et non à l’identité de genre), que les données sur le sexe doivent être collectées et clairement identifiées, et qu’il est nécessaire de conserver les espaces féminins non mixtes[ii]. De plus, il est prévu que le CIO annonce de nouvelles règles pour garantir l’équité et la sécurité dans les compétitions féminines[iii], inspirées par la Fédération internationale d’athlétisme[iv], dont le président, Sebastian Coe, est un Britannique.
Les socioactivistes de la post-vérité du sexe ont exprimé leur colère[v], mais le retour à des principes ancrés dans la réalité du sexe s’opère peu à peu et l’espoir renaît que cela deviendra global et durable.
La situation au Canada et au Québec
Au Canada et au Québec, nous sommes toujours profondément enlisés dans la pseudoscience du genre et du sexe. Nos gouvernements l’appuient financièrement et ont même établi un cadre légal qui permet l’auto-identification du sexe — une impossibilité biologique. L’endoctrinement affecte toute la société, en particulier les jeunes à l’école et les droits liés au sexe. Le monde politique ne semble pas réaliser que cette post-vérité sur le sexe, inventée pour accommoder une infime minorité de la population[vi], touche négativement plus de 50 % de la population. Pourtant, cette post-vérité sur le sexe n’est pas nécessaire pour assurer les droits de cette minorité.
En 2025, le rapport attendu du Comité de sages sur l’identité de genre a déçu et n’a pas eu d’effets notables : il proposait de distinguer sexe et genre et suggérait, sans définition précise, l’acceptation du sexe binaire. Immédiatement, les socioactivistes du genre sont montés aux barricades pour condamner le rapport de ce comité trop « cis »[vii] qui a osé suggérer — sacrilège transphobe suprême — que le sexe était binaire[viii]. Même un des « sages », Me Patrick Taillon, s’est converti à la post-vérité sur le sexe en affirmant qu’un homme transféminisé devait être traité comme une « femme », s’il le demandait[ix]. Il entérinait ainsi la définition insensée, mais légale au Québec, qui dit qu’être une femme est le résultat d’un ressenti.
Depuis plusieurs années, je rédige des textes[x], participe à des discussions et réalise des vidéos[xi] afin d’expliquer le concept du sexe binaire ainsi que la réalité biologique des hommes et des femmes. Ce n’est pas une science difficile à expliquer. Elle est établie depuis longtemps, puisque solidement ancrée dans la réalité et est considérée comme de l’acquis par la plupart des chercheurs sérieux dans les sciences naturelles et les sciences de la santé. Les arguments biaisés utilisés par les socioactivistes pour la critiquer requièrent davantage de temps et d’efforts en explications et, surtout, une bonne résilience face aux attaques personnelles. Étant donné que je suis professeur retraité, les personnes qui s’opposent à la binarité ne peuvent pas me faire perdre mon emploi. Toutefois, cela ne les empêche pas de tenter de me réduire au silence.
L’Université d’Ottawa toujours incapable de respecter la liberté universitaire
La tentative la plus récente provient de mon propre département de Biologie à l’Université d’Ottawa. En septembre dernier, j’ai accepté l’invitation du comité organisateur des séminaires de faire une présentation sur le sexe binaire. Le séminaire était programmé pour le 20 octobre. Un autre séminaire par un collègue de la Carleton University contestant la binarité était à l’horaire, le 6 octobre.
Mais le 2 octobre, le directeur du département m’a informé par courriel qu’après discussion avec la Faculté et certains collègues, les séminaires étaient reportés à une date indéterminée. Il a ajouté qu’une réaction négative de la « communauté » face à mon séminaire expliquait ce report. Je n’ai pas été surpris par cette décision, ayant reçu quelques jours plus tôt une copie d’un courriel provenant d’un vice-président de l’Association des Étudiants en Science. Dans celui-ci, il me qualifie de « transphobe », m’associe au « racisme » et à « l’islamophobie », et m’accuse de « promouvoir la haine et la violence envers les personnes trans ». Il conclut en exigeant que le séminaire soit annulé afin que le campus reste un endroit sécuritaire.
Je me permets d’ajouter humblement que c’est la même association qui m’a décerné le prix de professeur de l’année à la Faculté des sciences en 2016 et 2018.
Plutôt que d’expliquer à ce jeune vice-président la notion de liberté académique et celle du respect, il a été décidé de reporter les séminaires. Donc, l’Université d’Ottawa, par son silence, entérine les attaques infondées sur son personnel afin d’éviter le débat d’idées.
J’ai également appris que, lors de discussions en conseil départemental, certains collègues en ont profité pour renchérir sur les propos du V.-P. en m’accusant d’inciter à l’intolérance. Pourtant, mon intention était tout simplement d’aborder des questions de biologie lors d’un séminaire réunissant des biologistes, lesquels ont toujours traité le sexe comme une variable binaire dans le cadre de leurs travaux de recherche sur les espèces sexuées.
Clairement, la liberté universitaire à l’Université d’Ottawa demeure dysfonctionnelle. L’Université n’a rien appris du fiasco de l’affaire Lieutenant-Duval, une professeure à temps partiel faussement accusée en 2019 d’avoir tenu des propos racistes[xii]. Ainsi, la liberté universitaire à l’Université d’Ottawa n’inclut pas la discussion sur des sujets qui peuvent heurter la bien-pensance « progressiste ».
Je comprends que reporter mon séminaire sert surtout à éviter de parler d’annulation. Il est illusoire de penser que, dans le climat actuel, la « communauté » va tout à coup s’ouvrir au débat. D’ailleurs, depuis le report, aucune nouvelle date n’a été fixée et, honnêtement, plus le temps passe, plus je suis écœuré par cet imbroglio insultant.
Cet exemple démontre bien qu’au Québec et au Canada, contrairement au Royaume-Uni, la réconciliation avec la vérité sur le sexe n’est pas pour demain.
Je ne perds pas espoir, car on peut essayer de pervertir ou déconstruire la réalité, mais on ne peut pas la faire disparaître.
[i] https://www.gov.uk/government/news/ban-on-puberty-blockers-to-be-made-indefinite-on- experts-advice
[ii] https://commonslibrary.parliament.uk/research-briefings/cbp-10259/
[iii] https://www.bbc.com/sport/articles/cy4p29j4z70o
[iv] https://www.cnn.com/2024/03/02/sport/sebastian-coe-world-athletics-transgender-policy-spt-intl
[v] https://news.sky.com/story/thousands-of-trans-rights-activists-gather-in-london-after-supreme-court-ruling-on-definition-of-a-woman-13351664
[vi] https://statistique.quebec.ca/vitrine/15-29-ans/theme/demographie/diversite-genre
[vii] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2168731/comite-sages-rapport-identite-genre-trans
[viii] https://www.lapresse.ca/actualites/2025-06-22/rapport-sur-l-identite-de-genre/le-comite-de-sages-laisse-bien-des-questions-dans-son-sillage.php
[ix] https://www.lapresse.ca/dialogue/chroniques/2025-08-04/transidentite/fierte-au-present.php
[x] https://www.lautjournal.info/20230915/critique-du-transgenrisme-des-enjeux-reels-et-importants
https://www.ledevoir.com/opinion/lettres/650934/mise-au-point-sur-la-realite-du-sexe
[xi] Voir les cinq vidéos sur le sexe binaire sur : www.lesexeestbinaire.com






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