Publié le 21 avril, 2025 dans le journal de Montréal.
lien vers l’article :https://www.journaldemontreal.com/2025/04/21/reconnaitre-quil-y-a-deux-sexes-nefface-pas-lexistence-des-minorites-sexuelles
Par François Chapleau, professeur émérite, Département de biologie, Université d’Ottawa.
La mention d’une « crainte de l’effacement » ou « de menaces à l’existence » de la minorité transgenre est fréquemment utilisée dans nos médias[i] depuis la publication du décret présidentiel américain sur le sexe biologique[ii].
Or, ce décret sur le sexe biologique ne représente pas une menace à l’existence des minorités sexuelles. Il ne fait que réitérer ce que les biologistes, les philosophes, les chercheurs en médecine savent depuis longtemps à propos du sexe biologique. On peut remonter jusqu’au 19e siècle[iii] pour lire que le sexe est défini par le type de gamète (cellule sexuelle) qu’un individu peut potentiellement produire et qu’il n’y en a que deux types : un petit gamète mâle et un gros gamète femelle. Cette observation s’applique aux millions d’espèces animales et végétales sexuées, incluant la nôtre. Cette définition du sexe biologique est simple, universelle, inclusive et riche en information.
La reconnaissance des deux catégories sexuelles, mâle et femelle, est ancrée dans la biologie et est à la base de droits fondamentaux fondés sur le sexe.
C’est depuis une publication d’Anne Fausto-Sterling en 1993, intitulée « The Five Sexes »[iv], que des activistes et universitaires ont tenté d’imposer un discours non binaire à propos du sexe. Ce discours était surtout motivé par une volonté d’inclusion des minorités sexuelles et par un rejet idéologique du concept de la binarité, jugé oppresseur et porteur d’exclusion en société.
Ce rejet de la binarité a pris plusieurs formes, souvent contradictoires (plusieurs sexes, infinité de sexes ; sexe sur un spectre [continuum] ; sexes en tant que constructions sociales)[v]. Toutes ces notions non binaires n’ont aucun fondement scientifique et sont le résultat d’une déconstruction arbitraire de la réalité du sexe biologique. Ce déni de la réalité binaire du sexe se compare, par analogie, au fait de nier qu’un ciel ensoleillé est bleu parce qu’on n’aime pas cette couleur.
Pour convaincre la population, les activistes anti-binaires ont instrumentalisé à des fins d’inclusion, les personnes qui présentent diverses anomalies et syndromes (chromosomiques, hormonaux ou anatomiques) liés à leur développement sexuel. Ces anomalies font qu’elles naissent parfois avec une morphologie des organes sexuels externes ambigus par rapport à leur sexe. Ces dernières personnes représentent 0,02 % de la population, et non pas 2 % comme il est souvent rapporté par les médias. Ces personnes, dites intersexes, sont arbitrairement devenues la preuve qu’il y aurait plus que deux sexes. Or, il n’en est rien. Ces personnes ne représentent pas de nouveaux sexes. Elles appartiennent à la diversité des mâles et des femelles parce que, si fertiles, elles produiront des gamètes mâles ou femelles. Il n’existe pas de troisième type de gamète ou de troisième sexe. Le sexe est strictement binaire.
Donc, il est faux de dire qu’à cause de ce décret sur le sexe, les personnes intersexes n’existent plus. En fait, elles ont toujours existé et continueront d’exister à l’intérieur de la diversité des mâles ou des femelles. Ce sont les activistes anti-binaires qui ont instrumentalisé leur condition médicale pour créer l’illusion qu’ils étaient des sexes hors de la binarité mâle-femelle.
Il est important de noter qu’il y a un lien très tenu entre les enjeux « trans » qui sont de nature purement psychologique et les enjeux « intersexes » qui sont de nature physique.
Il est vrai que le président a signé d’autres documents de nature discriminatoire envers les personnes transgenres[vi]. Mais au Canada et au Québec, l’identité de genre et l’expression de genre d’une personne sont protégées contre la discrimination par nos chartes et lois. Ceci, je l’espère, ne sera jamais contesté. Il s’agit de droits fondamentaux.
Dire que tout débat qui touche les minorités trans est une menace à leur existence [vii]est une stratégie pour faire taire le débat sur des enjeux importants.
Ainsi, au Québec, un débat est nécessaire afin de remettre un peu d’objectivité et de rationalité dans la définition du sexe biologique. Il faut également avoir une discussion sur le cadre légal qui a été mis en place pour protéger ces minorités, mais qui a un effet d’exclusion sur d’autres groupes dans la société (femmes et homosexuels) et qui a un impact sur le bien-être et l’éducation des enfants.
[i] Voici quatre exemples de ce phénomène : Dans son texte du 9 avril publié dans La Presse ( https://www.lapresse.ca/dialogue/opinions/2025-04-09/les-medias-face-au-pire.php ), Kev Lambert affirme qu’un débat concernant « l’existence même d’une catégorie minoritaire de la population ne devrait jamais être toléré. ». Dans une chronique (Les Décrypteurs, Ép. 18, 25 janv. 2025, RDI)[i] sur le sexe biologique, la journaliste Marie-Pier Élie soulignait que ce décret « vient dire, en gros, qu’elles [les personnes intersexes] n’existent pas ». Dans un texte de Radio-Canada (31 mars 2025 : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2152192/journee-internationale-visibilite-transgenre-trump), Victoria Legault (directrice de L’ATQ) indique que l’on vit « dans une époque où les gouvernements tentent d’effacer l’existence des personnes trans ». La Presse a publié, le 7 avril dernier , un texte intitulé « Faire barrage à l’effacement de la diversité » (https://www.lapresse.ca/dialogue/2025-04-07/table-ronde/faire-barrage-a-l-effacement-de-la-diversite.php ).
[ii] https://www.whitehouse.gov/presidential-actions/2025/01/defending-women-from-gender-ideology-extremism-and-restoring-biological-truth-to-the-federal-government/
[iii] Wright, C. 2025. Citations for the gamete-based definition of male and female. Reality last stand . 1er avril 2025 : https://www.realityslaststand.com/p/citations-for-the-gamete-based-definition#:~:text=The%20egg%20is%20known%20as,448.
[iv] https://nyaspubs.onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1002/j.2326-1951.1993.tb03081.x
[v] Pour une explication de ces notions, voir les 5 vidéos de la série « Le sexe est réel et binaire » sur le site : www.lesexeestbinaire.com
[vi] Par exemple : https://www.whitehouse.gov/presidential-actions/2025/01/prioritizing-military-excellence-and-readiness/
[vii] https://www.lapresse.ca/dialogue/opinions/2025-04-09/les-medias-face-au-pire.php






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