
Titre : C’est la politique, et non la biologie, qui est à l’origine des efforts juridiques visant à classifier les sexes
(traduction de « Politics, not biology is driving legal efforts to classify sex »
Critique par : François Chapleau
Scientific American (SA) publie fréquemment des textes appuyant la fausse idée que le sexe biologique n’est pas binaire[i]. Ces textes de SA, écrits par des militants du « non-binaire », propagent une idéologie qui sème la confusion dans l’esprit des gens. Ils déforment la biologie. Le texte du 25 février d’Agustin Fuentes[ii], un anthropologue américain, ne fait pas exception.
Dans ce texte, la nouvelle variante du virus anti-binaire tient dans l’affirmation que le sexe binaire serait une « idéologie » imposée par le décret présidentiel. Et ce sont les « biologistes » qui affirmeraient que le sexe est plus complexe qu’une simple binarité. Nous nageons ici dans la désinformation la plus totale.
Aussi, avant de décrypter les arguments avancés par Fuentes, j’aimerais faire un rappel de ce qu’est le sexe binaire et la variabilité liée au sexe.
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- Le sexe est binaire et la variabilité à l’intérieur de chaque sexe est vaste et complexe.[iii]
Voici la définition du sexe qui est implicitement ou explicitement utilisée par la très grande majorité des biologistes ou spécialistes des sciences de la vie, dans leurs travaux de recherche qui impliquent des espèces à reproduction sexuée (plantes et animaux, incluant l’humain). Le silence des biologistes dans ce dossier est motivé par la peur de l’annulation sociale.
Le sexe est défini par le développement et la présence chez un individu d’une anatomie/physiologie qui produira un des deux types de gamètes possibles ; des petits gamètes (spermatozoïdes ; sexe mâle) et des gros gamètes (ovules ou ovocytes ; sexe femelle)[iv]. Le sexe binaire est la variable qui explique le plus la variabilité observée chez les êtres humains, tant au niveau de l’anatomie, de la biologie que du comportement. Les catégories « mâle » et « femelle » ne sont donc pas des constructions sociales, ne sont pas les pôles d’un spectre sexuel, mais des catégories strictes bien définies et directement ancrées dans la biologie[v].
Chez l’humain, le sexe est déterminé dans la première cellule de l’embryon (le zygote) par l’union de chromosomes sexuels provenant de chaque gamète. Dès lors, le sexe est définitif et immuable. Le zygote est le point de départ d’une séquence développementale complexe et ordonnée qui mènera ultimement à une « construction » biologique sophistiquée et unique correspondant à celle à un organisme mâle ou femelle adulte. Dans chacun des sexes, chaque étape de la séquence développementale menant vers la maturité sexuelle peut présenter de la variabilité au gré de diverses influences génétiques, biologiques et environnementales. Autrement dit, les traits liés au développement sexuel, qu’ils soient chromosomiques, gonadiques, hormonaux ou anatomiques (p. ex., caractères sexuels secondaires), sont variables à l’intérieur de chaque sexe. Cette variabilité n’a rien à voir avec la définition du sexe ; elle est une conséquence du sexe. Cette variabilité ne multiplie pas le nombre de sexes (cas des personnes intersexuées) et ne veut pas dire que le sexe est un continuum (ou un spectre). Elle signifie simplement que les parcours du développement sexuel à l’intérieur de chacun des deux sexes sont variables et complexes.
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2. Les personnes intersexes, la binarité et de faux arguments imputés aux biologistes
Le texte de Fuentes commence par deux anecdotes. Voici la première :
« Dans une cause liée au service militaire, la juge fédérale Ana Reyes a interpellé Jason Lynch, l’avocat du Département de la Justice qui défendait le décret présidentiel[vi] reconnaissant le sexe binaire, pour lui demander : “Vous comprenez que, du point de vue biologique, il est tout simplement incorrect de dire qu’il n’y a que deux sexes, n’est-ce pas ?”. Ce à quoi l’avocat répondit : “Je ne comprends pas que ce soit incorrect”. La juge a ensuite éclairé Lynch sur l’existence d’êtres humains intersexués, dont il avoua ne pas connaître l’existence. »
Fuentes utilise l’opinion d’une juge pour donner plus de crédibilité à la non-binarité du sexe. Un avocat bien préparé et minimalement connaissant en biologie aurait répliqué que les personnes intersexuées appartiennent à la diversité des mâles et de femelles, puisque, si elles sont fertiles, elles produiront des gamètes associés à un des deux sexes. Si elles sont stériles, d’autres marqueurs sexuels d’un des deux sexes pourront être utilisés pour identifier le sexe. Il aurait pu conclure son argument en disant que, dans de très rares occasions d’anomalies du développement sexuel, il est difficile d’identifier le sexe d’une personne, mais il n’existe pas de 3e gamète ou de 3e sexe en nature pour le million d’espèces à reproduction sexuée. Il n’y a aucune raison pour que l’humain soit une exception à cette réalité[vii].
La deuxième anecdote maintenant :
« Un autre exemple clair est fourni par l’annonce faite en février par le Département de la santé et des services sociaux [DSS], qui développe les “définitions fondées sur le sexe” du récent décret. Cette annonce informe les agences fédérales qu’aux fins de l’exercice de leurs fonctions, un “homme” est toute personne dont le système reproducteur produit des spermatozoïdes, et une “femme” est toute personne dont le système reproducteur produit des ovules. »
Grosso modo, cette définition correspond à la réalité du sexe biologique expliquée ci-dessus.
Mais, étonnamment, Fuentes utilise ces deux anecdotes pour dire que :
« les échanges au tribunal et le décret du DSS démontrent pourquoi et comment une trop grande partie des discussions actuelles et des arguments juridiques sur le sexe relèvent de l’idéologie et non de la biologie. »
« Le “pourquoi” est que la plupart des gens, y compris ceux du DSS, ne connaissent pas la manière dont les catégories de sexe sont comprises par les biologistes et l’étendue réelle des variations biologiques chez les humains. Ce manque de familiarité permet aux idéologues de déployer des distorsions pour atteindre leurs objectifs d’exclusion. »
Fuentes affirme gratuitement que les « biologistes » n’auraient pas une vision binaire du sexe et que les promoteurs de la binarité ignorent l’étendue réelle de la variation biologique humaine. Finalement, il accuse les personnes qui reconnaissent la binarité d’être des idéologues qui modifient la réalité afin d’exclure des personnes.
Or, ce sont les idéologues du genre et les militants de la non-binarité qui tentent de modifier notre rapport avec le monde réel en inventant de nouveaux sexes ou en prétextant sans fondement scientifique que le sexe est un spectre ou une construction sociale.
De plus, il n’y a aucune donnée ou étude qui suggère que les biologistes seraient soudainement devenus anti-binaires. C’est ridicule. Au contraire, les études en biologie sont fondées sur l’observation de la réalité objective et matérielle du sexe et celle-ci est strictement binaire. Il n’y a pas d’études sérieuses sur les animaux ou les plantes sexués où il est question de troisième sexe ou de troisième gamète, ou de spectre sexuel. Ces derniers concepts sont essentiellement idéologiques et anthropocentriques.
Finalement, d’un point de vue scientifique, la réalité binaire du sexe n’exclut personne. En fait, il n’y a rien de plus inclusif que la binarité, puisqu’elle regroupe en deux catégories (mâle et femelle) tous les individus de notre espèce. Ce sont les idéologues du genre qui ont inventé des sexes hors de la binarité au cours des dernières années et qui maintenant crient à l’exclusion quand leur fraude intellectuelle est révélée. En fait, ce sont ces mêmes idéologues qui ont des objectifs d’exclusion, puisqu’ils cherchent, entre autres, à invisibiliser la réalité biologique des femmes.
Ce discours politique qui associe sexe binaire et exclusion est un exemple typique de la manipulation illogique propre au discours anti-binaire qui sert à lier un enjeu social (reconnaissance des personnes « transgenres » et personnes intersexes) à une réalité observable (le sexe binaire). Or, nier la réalité du sexe pour tenter de résoudre un enjeu social est insensé. Ce genre de discours politique malhonnête revient à quelques reprises dans le texte.
3. Les personnes intersexes font partie de la binarité du sexe.
Fuentes continue en disant :
« L’utilisation de deux catégories de sexe pour parler d’une espèce est une pratique courante en biologie. Cependant, dans de nombreuses espèces animales, y compris chez l’homme, il existe des individus qui ne sont ni mâles ni femelles ou qui sont parfois les deux à la fois. Chez d’autres espèces, il y a deux sexes, mais ce ne sont pas des mâles et des femelles (il s’agit généralement d’intersexes et de mâles). Enfin, quelques espèces n’ont qu’un seul sexe (généralement féminin). »
L’utilisation de deux « catégories de sexe » n’est pas une « pratique courante » en biologie, mais le résultat d’observations en nature.
En ce qui regarde, les exceptions mentionnées face à la binarité, un examen de ceux-ci révèle qu’ils ne la remettent pas en question. Voici une explication biologique pour chacune des situations.
- « [Des] individus qui ne sont ni mâles ni femelles ». Je présume ici que Fuentes fait référence aux personnes qui ne produisent pas de gamètes. Celles-ci peuvent être immatures, être ménopausées (femmes), ou être incapables de produire des gamètes (stériles) tout en ayant des organes sexuels internes ou externes typiques d’un sexe. La stérilité est une anomalie chez l’humain et, de ce fait, elle n’est pas une exception à la binarité du sexe. Chez les abeilles, fourmis et quêpes, les ouvrières sont des femelles stériles qui ont les attributs pour devenir des femelles fécondes ( la reine) mais qui, si elles ne sont pas choisies pour ce rôle, elles vivront toute leur vie au service de la reine sans elle être fertile.
b. Individus « qui sont parfois les deux [sexes] à la fois ». Je présume qu’il fait allusion aux individus qui portent les deux sexes (l’hermaphrodisme). Effectivement, certains poissons sont capables de modifier leur sexe au cours de leur existence, passant de mâle à femelle, comme c’est le cas pour les poissons-clowns[viii], ou l’inverse, comme chez la girelle à tête bleue[ix] (hermaphrodisme séquentiel). Un autre poisson, le killi des mangroves, est le seul vertébré connu capable d’autofécondation[x], donc capable de produire les deux gamètes simultanément (hermaphrodisme simultané). Ces espèces sont des hermaphrodites et appartiennent à l’un des systèmes sexuels liés à la binarité sexuelle des espèces à reproduction sexuée.
Chez l’humain et les mammifères, chaque individu porte un sexe (gonochorisme). L’hermaphrodisme y est impossible, puisque le développement embryonnaire d’un sexe va inhiber activement le développement de l’autre sexe. Dans de rares cas (500 cas connus) d’individus ayant des anomalies du développement sexuel, les deux types de tissus gonadiques se retrouveront chez le même individu. Mais, il n’y a aucun cas connu de personne ayant produit les deux types de gamètes[xi].
En fait, l’hermaphrodisme implique toujours les deux types de gamètes connus. Il n’y a pas de troisième type de gamètes. Donc, il ne remet pas en question la binarité du sexe.
c. L’allusion voulant qu’il y ait des espèces qui ont « deux sexes, mais ce ne sont pas des mâles ou des femelles (il s’agit généralement d’intersexes et de mâles) » est étrange et exige un exemple qu’il ne présente pas. De toute façon, sachant que le processus de la reproduction sexuée implique obligatoirement des gamètes asymétriques provenant des deux sexes, et sachant que les individus « intersexes » dans un cas de reproduction comme celui-ci sont obligatoirement des individus fertiles qui produiront des gamètes mâles ou femelles, on peut conclure que l’individu « intersexe » qui s’accouplerait avec un mâle est, en fait, une femelle (productrice d’ovules). Rien de non binaire là-dedans. Il n’y a pas de 3e gamète.
d. Enfin, il est vrai que quelques rares espèces de vertébrés n’ont qu’un seul sexe (généralement féminin). C’est le cas de quelques espèces de lézards, notamment les lézards à queue en fouet[xii]. Mais il ne s’agit pas ici de reproduction sexuée, puisqu’elle n’implique pas la fusion de deux gamètes asymétriques. En fait, ces lézards sont parthénogénétiques. Autrement dit, il y a un doublement du matériel génétique féminin dans un ovule non fécondé pour former un nouvel individu diploïde (c’est-à-dire ayant une paire de chaque chromosome). La descendance est donc entièrement femelle. Il s’agit d’un cas de reproduction asexuée qui ne remet pas en question la réalité binaire du sexe chez les espèces à reproduction sexuée. La parthénogenèse n’existe pas chez les humains.
4. Les deux sexes contiennent l’ensemble de la variabilité biologique détectable chez une espèce
Fuentes continue son discours anti-binaire en disant :
« La réalité biologique est que “mâle” et “femelle” ne sont pas des classifications biologiques universelles et immuables, mais plutôt des descriptions de modèles typiques de la biologie de la reproduction. Ces catégories, mâle et femelle, sont utilisées par des biologistes qui comprennent parfaitement qu’elles représentent rarement toutes les variations biologiques pertinentes d’une espèce donnée ou des ensembles identiques de variations entre différentes espèces. »
Encore ici, Fuentes attribue aux « biologistes » une affirmation qui n’a aucun ancrage dans la réalité et qui n’est le résultat d’aucune recherche empirique sérieuse. Les biologistes savent très bien que les catégories mâles et femelles ne sont pas des « modèles typiques » de la reproduction ou un échantillon de tous les sexes existants chez les espèces à reproduction sexuée. Les biologistes ont toujours utilisé les deux catégories, mâle et femelle, parce qu’elles correspondent à des groupes réels et observables qui, lorsqu’ils sont combinés, représentent la variabilité détectable au sein des espèces sexuées, incluant la nôtre. Il n’y a pas de sexe supplémentaire ou de spectre sexuel.
5. Il ne faut pas confondre l’extraordinaire complexité et la variabilité du développement sexuel avec la définition du sexe[xiii]
Fuentes continue en affirmant que :
« Bien sûr, les hommes et les femmes ne sont pas identiques et la biologie de la reproduction organise des aspects importants du corps et de la vie des êtres humains. Mais aucun des systèmes biologiques clés associés au sexe chez les humains (chromosomes, gonades, génétique, hormones, etc.) ne se divise exclusivement en deux catégories “immuables”. Oui, la plupart des êtres humains ont des chromosomes XX ou XY, mais, comme l’a noté le juge Reyes, certains n’ont pas ces chromosomes. Les personnes qui ont des testicules ou des ovaires sont les plus courantes, mais certaines personnes ont les deux, et quelques-unes ont des ovotestes. En général, les personnes qui ont des testicules peuvent produire des spermatozoïdes et celles qui ont des ovaires produisent des ovules, mais ce n’est pas toujours le cas. Les chromosomes d’une personne ne prédisent pas toujours ses gonades ou ses organes génitaux, ni même tous les éléments de son appareil reproducteur. Il est vrai que la plupart des gens ont la combinaison “typique” de chromosomes, de gonades et d’organes génitaux, mais il y a des dizaines de millions de personnes en vie aujourd’hui qui ne l’ont pas. Ces personnes ne sont pas des terreurs, des aberrations ou des problèmes ; elles font partie de l’éventail des variations de notre espèce. Ce sont de vraies personnes. En fait, beaucoup de ceux qui ont ces variations ne le savent même pas. Vous êtes peut-être l’une d’entre elles ».
Ici, Fuentes cherche à rajouter un niveau de complexité au sexe en mentionnant des anomalies chromosomiques et anatomiques. Il répète une partie des arguments expliqués précédemment, notamment en ce qui a trait à l’hermaphrodisme et la stérilité, et en ajoute d’autres qui sont insensés. Ainsi, les individus fertiles qui ont des testicules produiront toujours des spermatozoïdes et ceux qui possèdent des ovaires produiront toujours des ovules ; sans exception.
Finalement, il présente des morphologies atypiques associées avec les personnes intersexes. Tout cela n’a qu’un seul objectif : créer le doute sur la binarité. J’ai déjà indiqué qu’aucune de ces anomalies ne remet en question la binarité sexuelle. D’ailleurs, ces anomalies ne sont pas des preuves de l’existence de nouveaux sexes, ils vont simplement former des mâles ou des femelles atypiques.
Fuentes répète un des arguments favoris du mouvement anti-binaire, soit que les chromosomes sexuels ne sont pas toujours XX (femelle) et XY (mâle) et que cela contredit la binarité du sexe. Or, les chromosomes sexuels sont des déterminants du sexe, ils ne le définissent pas[xiv]. C’est la capacité d’avoir une morphologie qui permet la fabrication d’un des deux gamètes qui définit le sexe. Ainsi, les personnes qui possèdent les formules atypiques de chromosomes sexuels (XXY, XYY, XXX, XXYY, etc.. ) auront toujours le potentiel de produire, si fertile, l’un ou l’autre type de gamètes. Ainsi, les anomalies chromosomiques, tout comme la stérilité, ne remettent pas en question la binarité du sexe.
Fuentes a beau mettre l’existence de personnes de l’avant avec leur formule chromosomique et leur biologie/morphologie atypiques, il confond volontairement, comme le font beaucoup d’idéologues anti-binaires, l’extraordinaire complexité et la variabilité du développement sexuel avec la définition du sexe. Les biologistes reconnaissent l’ensemble de cette variabilité (incluant les anomalies du développement sexuel), mais à l’intérieur de chacun des deux sexes.
6. La ligne de démarcation entre les sexes est nette ; il n’y a pas de spectre (ou continuum) sexuel.
Par la suite, Fuentes adopte un autre type d’argumentaire anti-binaire. Après avoir suggéré la « multiplication » des sexes en utilisant les personnes intersexes, Fuentes présente des arguments en faveur de l’idée que le sexe serait un « spectre », c’est-à-dire que le sexe d’un individu se retrouverait quelque part sur un continuum sexuel entre deux pôles (homme et femme)[xv]. Il le fait sans se préoccuper que l’idée précédente de « multiplication » des sexes est contradictoire avec l’idée d’un « spectre ou continuum sexuel », qui ne reconnaît que plus vraiment l’existence de sexes discrets, mais qui considère le sexe d’une personne comme faisant partie d’un spectre sans métrique claire entre deux pôles (masculin et féminin). Cette contradiction est indicative de l’objectif de l’exercice. Ce n’est pas d’offrir une définition objective du sexe, mais bien déconstruire le sexe binaire.
Je reprends ici un des paragraphes sur ce sujet.
« [Le] chevauchement [entre hommes et femmes], et l’absence fréquente de distinction claire entre les sexes s’étendent, au-delà de la taille et du poids, au foie, au cerveau, au cœur, à l’estomac, aux intestins, aux os, etc. »
Oui, il existe des différences corporelles typiques entre les adultes féminins et masculins de même taille et de même poids, telles que la densité musculaire du haut du corps et certains niveaux d’hormones spécifiques (mais pas des types d’hormones). Cependant, la manière dont ces différences se manifestent, comment elles se sont développées et ce qu’elles signifient pour une expérience ou une capacité donnée n’a rien à voir avec une « classification biologique immuable ». La distribution des variations biologiques humaines, en ce qui concerne la capacité d’une personne à servir dans l’armée, ses aptitudes sportives, ses capacités à s’occuper d’enfants, son intérêt pour les mathématiques, son amour de la cuisine et tout le reste, n’est pas simplement, proprement ou « immuablement » divisée entre les catégories de femmes et d’hommes.»
L’argumentaire anti-binaire de Fuentes est médiocre. Pour l’appuyer, il écrit deux longs paragraphes qui soulignent qu’il n’y a rien de binaire dans la biologie des hommes et des femmes parce qu’il y a du chevauchement dans les variables qui décrivent les traits du corps humain (p. ex. taille, poids, etc.). L’objectif de cette tirade vise à appuyer l’affirmation que la ligne de démarcation entre les hommes et les femmes n’est pas claire et que la classification homme/femme est arbitraire ; ce qui rejoint l’idée d’un continuum sexuel. Or, son argument repose sur la reconnaissance de deux sexes, ce qui contredit la première partie du texte.
Or, aucun biologiste ou scientifique sérieux n’affirme que les caractéristiques corporelles chez les humains sont binaires ou qu’il n’y a pas de variabilité ou de chevauchement dans les traits anatomiques/physiologiques entre les mâles et les femelles. Cette variabilité existe, mais, contrairement à ce que Fuentes insinue, elle ne définit pas le sexe, elle est simplement indicatrice d’une grande variabilité et diversité à l’intérieur de chacun des deux sexes.
Fuentes utilise le même type d’argument lorsqu’il fait référence aux capacités des personnes pour diverses fonctions. D’un côté, il admet des écarts (p. ex., la « densité musculaire » des hommes et les différences de taux d’hormones sexuelles), mais il refuse de les considérer comme étant des facteurs de différenciation suffisant entre les hommes et les femmes pour des fonctions spécifiques, par exemple, en ce qui a trait aux habiletés sportives ou à la capacité de s’occuper des enfants. Pourtant, il a été reconnu scientifiquement que les hommes et les femmes ont des aptitudes sportives distinctes fondées sur le sexe qui ont justifié la création de catégories féminines. De plus, il m’apparait assez évident que la capacité d’enfanter et d’allaiter distingue assez facilement les hommes des femmes en ce qui regarde les soins aux enfants.
7. La définition du sexe du gouvernement américain nouvellement élu correspond à la réalité
Fuentes conclut son texte avec un argument politique.
« Les définitions du terme “sexe” de cette administration sont intentionnellement conçues pour tromper le public sur la biologie humaine. Tout biologiste le sait…
… Ils n’ont pas le droit d’invoquer la biologie comme une preuve “naturelle” de leur position, car ce n’est pas le cas. Il existe peu de “règles” biologiques simples ou universelles divisant les catégories de sexe et les vies humaines, mais il existe des variations et des modèles importants. Les biologistes et autres scientifiques doivent aider les juges et les avocats à comprendre ce que la biologie nous dit et ne nous dit pas sur le sexe humain et à rejeter les arguments qui présentent intentionnellement ces données de manière erronée. »
Les faussetés ne doivent pas être inscrites dans nos lois. La vie des gens en dépend. »
Quoiqu’on puisse penser des motivations du gouvernement américain nouvellement élu, la définition du sexe[xvi] qu’elle impose à ses diverses entités fédérales correspond à la réalité et confirme que les femmes et les hommes ont une identité biologique distincte et incontournable. J’espère que notre « Comité de sages sur le genre » en prendra bonne note.
Ce texte de Fuentes trompe les lecteurs et déforme, par sa rhétorique biaisée, notre rapport avec la réalité. Il attribue faussement aux « biologistes » la vision anti-binaire des idéologues du genre. Il confond la définition du sexe avec les conséquences du sexe. Ces conséquences sont la détermination du sexe par les chromosomes sexuels dans le zygote et l’extraordinaire variabilité anatomique/physiologique que l’on retrouve dans chacun des deux sexes. Une fois que l’on saisit ces nuances, la définition gamétique du sexe devient toute simple et universelle pour les espèces à reproduction sexuée, incluant l’humain. Nul besoin de complexifier inutilement ce modèle explicatif puissant du sexe. Il est vraiment navrant que SA ait publié un autre texte médiocre qui fausse la réalité du sexe. Cela crée une confusion inutile dans l’esprit des gens.
Tout biologiste sérieux qui a des connaissances sur la reproduction des espèces sexuées sait que le sexe est réel, binaire, définitif et immuable chez les mammifères, incluant l’humain. Et c’est ce message que les biologistes doivent envoyer aux juges, avocats, administrateurs, enseignants, gouvernements, parents et enfants. Et si, comme Fuentes l’affirme dans la dernière phrase, les faussetés ne doivent pas être inscrites dans nos lois, alors il faudrait effacer de celles-ci, le concept ridicule de l’autodétermination du sexe, et l’amalgame tout aussi ridicule du sexe et du « genre » pour l’identifiant sexe dans notre société. Cela permettrait de réinscrire le respect de la réalité biologique des deux sexes dans nos lois et favoriserait le vivre-ensemble. Ceci n’aurait aucun impact sur le droit à la non-discrimination face aux « identités de genre » et aux « expressions de genre » qui est garanti par nos chartes.
[i] Pour un échantillon de ces textes voir :
Montanez, A. 2017.Beyond XX and XY. Scientific American vol. 317 : p. 50-51.
https://www.scientificamerican.com/article/sex-redefined-the-idea-of-2-sexes-is-overly-simplistic1/
https://www.scientificamerican.com/article/heres-why-human-sex-is-not-binary/
https://www.scientificamerican.com/article/to-understand-sex-we-need-to-ask-the-right-questions/
[ii] https://www.scientificamerican.com/article/the-trump-administrations-legal-argument-to-classify-sex-is-bad-biology/
[iii] J’explique cette réalité (avec références scientifiques) ainsi que les attaques futiles des militants anti-binaires dans la série de cinq vidéos intitulée : « Le sexe est réel et binaire ».
Vidéo 1. Le sexe est réel et binaire 1. Importance, définition et controverses https://lesexeestbinaire.com/2024/03/19/le-sexe-est-reel-et-binaire-1-importance-definition-et-controverses-1/
Vidéo 2. Le sexe est réel et binaire 2. Les personnes intersexes n’invalident pas la binarité sexuelle xhttps://lesexeestbinaire.com/2024/04/09/48/
Vidéo 3. Le sexe est réel et binaire 3. Le sexe n’est pas un continuum https://lesexeestbinaire.com/2024/05/07/le-sexe-est-reel-et-binaire-3-le-sexe-nest-pas-un-continuum/
Vidéo 4. Le sexe est réel et binaire 4. Le sexe n’est pas une construction sociale https://lesexeestbinaire.com/2024/06/02/le-sexe-est-reel-et-binaire-4-le-sexe-nest-pas-une-construction-sociale/
Vidéo 5. Le sexe est réel et binaire 5. Sexe, genre et société. https://lesexeestbinaire.com/2024/09/09/le-sexe-est-reel-et-binaire-5-sexe-genre-et-societe/
[iv] https://www.realityslaststand.com/p/understanding-the-sex-binary
https://richarddawkins.substack.com/p/is-the-male-female-divide-a-social
Elliot, Z. 2023. Binary : Debunking the sex spectrum. Paradox Inst.
Le sexe est réel et binaire 1. Importance, définition et controverses [1]
[v] Vidéo 5. Le sexe est réel et binaire 5. Sexe, genre et société
[vi] https://www.whitehouse.gov/presidential-actions/2025/01/defending-women-from-gender-ideology-extremism-and-restoring-biological-truth-to-the-federal-government/
[vii] Vidéo 2. Le sexe est réel et binaire 2. Les personnes intersexes n’invalident pas la binarité sexuelle xhttps://lesexeestbinaire.com/2024/04/09/48/
[viii] Casas, L., Saborido-Rey, F., Ryu, T. et al. Sex Change in Clownfish: Molecular Insights from Transcriptome Analysis. Sci Rep 6, 35461 (2016).
[ix] https://www.lapresse.ca/actualites/sciences/2019-07-10/la-genetique-du-changement-de-sexe-chez-les-poissons
[x] https://animalhisto.fr/le-killi-des-mangroves-peut-sautofeconder/
[xi] Vidéo 2. Le sexe est réel et binaire 2. Les personnes intersexes n’invalident pas la binarité sexuelle xhttps://lesexeestbinaire.com/2024/04/09/48/
Rosenfield, K.A. (2018). Hermaphrodite. In: Vonk, J., Shackelford, T. (eds) Encyclopedia of Animal Cognition and Behavior. Springer, Cham. https://doi.org/10.1007/978-3-319-47829-6_329-1
[xii] https://fr.wikipedia.org/wiki/Cnemidophorus
[xiii] Vidéo 3. Le sexe est réel et binaire 3. Le sexe n’est pas un continuum https://lesexeestbinaire.com/2024/05/07/le-sexe-est-reel-et-binaire-3-le-sexe-nest-pas-un-continuum/
[xiv] Vidéo 2. Le sexe est réel et binaire 2. Les personnes intersexes n’invalident pas la binarité sexuelle https://lesexeestbinaire.com/2024/04/09/48/
[xv] Vidéo 3. Le sexe est réel et binaire 3. Le sexe n’est pas un continuum https://lesexeestbinaire.com/2024/05/07/le-sexe-est-reel-et-binaire-3-le-sexe-nest-pas-un-continuum/
[xvi] https://www.whitehouse.gov/presidential-actions/2025/01/defending-women-from-gender-ideology-extremism-and-restoring-biological-truth-to-the-federal-government/






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