Critique du rapport du GRIS-Montréal intitulé: Augmentation des niveaux de malaise ; ce que les élèves du secondaire pensent de la diversité sexuelle 2017-2024

Critique du rapport

Par

François Chapleau, professeur émérite,

Département de biologie, Université d’Ottawa

(Complétée le 3 février 2025; révisée le 25 février 2025)


[i] https://www.gris.ca/app/uploads/2025/01/GRIS_rapport-final_30jan2025.pdf


Remarques préliminaires

Le 16 janvier dernier, GRIS-Montréal publiait un communiqué de presse[ii] intitulé « Montée de l’intolérance dans les écoles ». Celui-ci, appuyé par des graphiques, affirmait que « les résultats d’une étude…, basée sur plus de 35 000 questionnaires complétés par des élèves du secondaire dans plusieurs régions du Québec, révèlent une hausse préoccupante de l’inconfort des jeunes face à la diversité sexuelle et de genre. » 

Il est écrit que « cette hausse, particulièrement prononcée durant l’année scolaire 2021–2022, est observable chez les élèves, peu importe leur âge, leur genre, leur religiosité ou la localisation de leur école. »

« Elle s’accompagne d’une augmentation des discours haineux et des violences dans les écoles… Ce recul préoccupant des attitudes d’ouverture chez les jeunes est notamment exacerbé par la structure des réseaux sociaux, la polarisation des attitudes et la montée des discours masculinistes », affirme Gabrielle Richard, directrice de la recherche de GRIS-Montréal.

Le rapport n’était pas disponible au moment de la publication du communiqué de presse ou lors de la conférence de presse qui a suivi. Cela n’a pas empêché les journalistes de plusieurs médias d’en publier le contenu, sans valider la méthodologie ou l’interprétation des résultats.

Le rapport étant maintenant en ligne, je l’ai lu et j’y ai détecté des problèmes terminologiques, méthodologiques et interprétatifs. 

Critique du rapport

Terminologie inadéquate

1.Le titre du communiqué de presse indique une « montée de l’intolérance dans les écoles » à propos de la diversité sexuelle et de genre. Or, la lecture du rapport et du communiqué suggère qu’il s’agit plus spécifiquement d’une hausse d’un inconfort à propos des orientations sexuelles chez les élèves.

2. Le rapport (incluant le titre) utilise le terme « diversité sexuelle ». Ce terme fait maintenant partie de la novlangue du genre qui exclut presque toujours la reconnaissance de la binarité du sexe, mais qui inclut les orientations sexuelles et les identités de genre[iii]. Or, l’étude ne concerne que la perception des orientations sexuelles chez les jeunes. D’ailleurs, le rapport publié sur ce sujet en 2017 s’intitulait « CE QUE LES ÉLÈVES DU SECONDAIRE PENSENT DE L’ORIENTATION SEXUELLE »[iv], un titre qui aurait été plus approprié pour le rapport 2025.

3. L’utilisation de l’acronyme LGBTQ+ est inappropriée, puisque le rapport ne s’intéresse qu’aux orientations sexuelles (LGB ; lesbienne, gai et bisexuel et pansexuelle). Les personnes transgenres et queers (TQ+) ne sont pas concernées par cette étude et les nommer crée un amalgame inutile et fallacieux. D’ailleurs certains médias ont parlé d’homophobie ET de transphobie en mentionnant ce rapport.

4. Le terme « genre » est utilisé 30 fois dans le rapport de 2025, alors que le mot « sexe » y est absent. Dans le rapport de 2017, le mot « sexe » est employé 11 fois, alors que « genre » n’apparaît qu’une seule fois. Voilà un autre indicateur que, depuis 2017, le GRIS a adopté l’idéologie du genre. Ainsi, en 2024, être un garçon ou une fille n’est plus un sexe, mais un genre. On retrouve dans le rapport des phrases telles que :

« En somme, 83,8 % des élèves de l’échantillon rapportent des attirances uniquement envers des personnes de l’autre genre, alors que 16,2 % rapportent d’autres types d’attirances. »

« Nous demandons aux élèves le genre des personnes susceptibles de les attirer. Les choix de réponse offerts sont « les hommes », « les femmes », « les hommes et les femmes », « les personnes, peu importe leur genre », « aucune attirance » et « ne sait pas ».

Il est important de noter que le mot « genre » est absent du questionnaire. Les élèves ne savaient donc pas que le terme « homme » ou de « femme » représentait une identité de genre et non pas une appartenance sexuelle. Pourtant, d’une part, l’identité de genre est un sentiment personnel et subjectif qui peut évoluer au fil du temps et qui se manifeste de manière unique et variée (selon la définition du GRIS de l’identité de genre et du genre[v]). Cela inclut des hommes transféminins qui se définissent, de manière erronée, comme des « femmes » et des femmes transmasculines qui se définissent de manière erronée, comme des « hommes ». D’autre part, le sexe est une réalité biologique observable strictement binaire[vi]. (À noter que le GRIS a dénaturé la définition du sexe biologique dans son lexique du guide pédagogique pour le secondaire en éliminant la fonction reproductrice et la réalité binaire du sexe[vii]. Ceci explique probablement l’absence du terme dans le rapport).

Quatre problèmes méthodologiques

  1. Des questions du sondage demandent aux élèves de réagir à une série de situations en choisissant une de quatre réponses (très à l’aise, à l’aise, mal à l’aise, très mal à l’aise). Cependant, la notion d’« aise » et ses quatre degrés ne sont pas expliqués. Par exemple, l’impact de l’âge des élèves sur la perception et la compréhension de ces niveaux d’aise n’est pas considéré et n’a pas été évalué dans le questionnaire. Aussi, qu’un jeune soit mal à l’aise de découvrir que son meilleur ami ou son frère est gai peut vouloir dire qu’il est surpris, inconfortable où qu’il se questionne sur cette orientation sexuelle. Il n’y a pas nécessairement de connotation négative liée à ce choix de réponse et il est possible que l’expression de ces sentiments de « mal à l’aise » soit plus acceptable ou facile en 2024 qu’en 2017, ce qui expliquerait la hausse.

Ainsi, être « très mal à l’aise » n’est pas nécessairement un signe d’intolérance, de rejet ou de haine. D’ailleurs, les mots « malaise », « intolérance », « rejet » ou « haine » ne sont jamais mentionnés comme synonymes de « mal à l’aise » dans les listes qu’on peut trouver sur internet.

2. Dans cette étude, il est donc présumé que tous les élèves ont répondu au même questionnaire. Le site internet du GRIS indique que la version utilisée actuellement est celle de décembre 2019[viii]. Puisque l’étude débute en 2017, quelle est la version utilisée avant décembre 2019 ? J’ai trouvé deux versions (sur le web) plus anciennes que celle de 2019 : les versions 2014[ix] et 2017[x]. Ces versions sont différentes de la version actuelle. Ainsi, la version 2019 contient plus de questions que la version 2017, l’organisation des questions y est différente et, plus important encore, le libellé d’au moins une question est différent.  

Aucun commentaire sur de possibles différences entre les questionnaires n’est fait dans la méthodologie. Or, il est important de rappeler que, pour comparer les résultats par année, il faut que les questions et leur mise en contexte soient les mêmes. Il aurait fallu mettre le(s) questionnaire(s) en annexe.

Voici quelques-unes des différences entre les questionnaires 2017 et 2019 :

  1. Il n’était pas question de pansexualité dans le questionnaire de 2017, alors que ce concept est présent dans le questionnaire 2019.
  2. Dans le questionnaire 2017, il y avait des questions sur l’homosexualité et la bisexualité, avant le bloc de questions intitulé « Comment te sentirais-tu dans les situations suivantes ? ». Dans la version 2019, il y a quatre questions avant le bloc de questions ; des questions sur la pansexualité et l’hétérosexualité ont été ajoutées aux deux autres.
  3. En 2017, dans le bloc « comment te sentirais-tu dans les situations suivantes », la question « J’apprends que ma meilleure amie est lesbienne » est précédée de deux questions : « Je fais un travail d’équipe avec » (choix : lesbienne, gai, bisexuelle ou bisexuel). « Je participe à une activité sportive avec » (choix : lesbienne, gai, bisexuelle ou bisexuel) alors que, dans la version 2019, ces deux questions préliminaires sont absentes. Il est possible que les deux premières questions dans la version 2017 aient un impact sur la perception d’« aise » associée à la question « « J’apprends que ma meilleure amie est lesbienne », alors que ces questions sont absentes du questionnaire 2019.
  4. La question sur les couples homosexuels est différente dans les versions 2017 et 2019 et a probablement été perçue différemment par les élèves :

Version 2017 : Les couples de femmes lesbiennes ont le droit d’adopter des enfants

Version 2019 : Deux femmes en couple ont le droit de fonder une famille et d’élever des enfants.

3. Le questionnaire visait principalement à mesurer la qualité de la formation puisque l’élève devait répondre aux mêmes questions avant la formation et après la formation. Celui-ci n’a donc pas été conçu pour mesurer l’inconfort des jeunes avec l’homosexualité, mais pour valider le travail des formateurs.

4. Dans le communiqué de presse, il est dit : « cette hausse [du malaise] est observable chez les élèves, peu importe leur âge… ». Or, aucune donnée ou aucun tableau lié à cette affirmation n’est dans le rapport. Dans la méthodologie, il est dit que les données des questionnaires ont été regroupés par année scolaire pour tous les années du secondaire, peu importe leur âge.

Ceci pose, potentiellement, un sérieux problème méthodologique. Voici pourquoi.

Récemment, le GRIS a publié une étude qui affirmait que « les niveaux d’aise par rapport à la plupart des dimensions [liées aux orientations sexuelles] augmentent alors que les jeunes avancent vers l’âge adulte… »[xi]. Or, dans l’étude actuelle, le groupe le moins représenté dans l’échantillon est celui du secondaire 5 (7,9 %). Il est donc possible que la faible représentation de ce groupe dans les échantillons les plus récents soit un facteur qui explique la hausse apparente de l’inconfort par rapport aux orientations sexuelles. Il devient alors crucial de vérifier que les proportions de répondants par année du secondaire (ou par âge) soient identiques pour chaque année d’échantillonnage, ce qui garantit la validité des comparaisons entre les années. Il n’y a aucune indication dans le rapport que cette vérification ait été faite.

Donc, il serait préférable de ne pas traiter tous les étudiants du secondaire comme un seul groupe homogène et d’examiner les réponses aux questionnaires en fonction de l’âge (ou du niveau scolaire).

Analyse des résultats et de la discussion 

Si l’on fait abstraction des problèmes méthodologiques mentionnés ci-dessus, les résultats de l’étude font état d’une hausse généralisée du « mal à l’aise » pour toutes les questions, mais de façon plus marquée pour les cas suivants : 

  1. Le malaise avec les personnes et couples homosexuels est systématiquement plus élevé chez les garçons.
  2. Connaître une personne non hétérosexuelle diminue le malaise envers les personnes et les couples homosexuels.
  3. Le fait d’avoir une religion et de la pratiquer augmente le niveau de malaise envers les personnes et couples homosexuels.

Le communiqué de presse indiquait « une augmentation des discours haineux et des violences dans les écoles ». Or, dans la discussion, on reconnait que le niveau de malaise n’est pas un indicateur de transphobie et d’homophobie. Mais, on ajoute que : « un sentiment de malaise ou d’inconfort élevé est vu comme une menace à la sécurité perçue, ce qui peut contribuer à créer des conditions propices à la violence ». Et l’on ajoute à ce dernier commentaire quelques citations « anonymes » particulièrement crues.

Il n’en fallait pas plus pour que plusieurs médias fassent état à la suite de la conférence de presse que l’étude indique une hausse de la transphobie, de l’homophobie, de l’intolérance et de la haine, alors qu’elle n’indique qu’une hausse de l’inconfort par rapport aux orientations sexuelles des personnes et de couples.

Parmi les « hypothèses » suggérées pour expliquer le déclin du sentiment d’aise par rapport à l’homosexualité dans les écoles, on indique :

1.« la conversation sociale polarisée (controverses) et polarisante autour des sujets LGBTQ+ — et particulièrement de l’identité de genre — depuis quelques années. » On ajoute que « si cette conversation sociale porte plus directement sur les personnes trans et non binaires, elle semble générer des impacts négatifs qui vont aussi toucher sur les acquis liés à l’orientation sexuelle. »

2. « La crise actuelle du journalisme met en péril la circulation d’informations vérifiables et dans l’intérêt du public et accentue les processus de désinformation » et on ajoute à ceci l’impact négatif des réseaux sociaux.

3. Finalement, le déclin précipité des attitudes face à la diversité sexuelle des jeunes hommes serait lié avec une montée des discours masculinistes et conservateurs qui, chez ces derniers, prônent un retour aux valeurs traditionnelles.

Remarques :

1.Noter que, dans la discussion, les termes LGBTQ+ et transphobie reviennent dans la phraséologie alors que l’étude n’a rien à voir avec les transgenres/queers et ne s’intéresse qu’à l’orientation sexuelle.

2. Il n’y a aucune donnée dans cette étude et il n’y a aucune question dans les questionnaires qui permettent de pointer le doigt vers une des causes externes suggérées. En fait, la discussion du rapport ne s’appuie en rien sur les résultats de l’étude ni sur des connaissances liées à la réalité des élèves dans les écoles. Décevant !

3. En fait, la discussion évite de parler des données. Par exemple, on ne discute même pas du fait que les religions semblent un facteur explicatif de la hausse du malaise et que celles-ci sont généralement intolérantes face à l’homosexualité.  

4. Si les enjeux liés à l’identité de genre créent des impacts négatifs qui touchent « les acquis liés à l’orientation sexuelle », il faudrait qu’un organisme indépendant examine l’impact d’organismes comme GRIS-Montréal qui font la promotion de la pseudoscience du genre dans les écoles ; une idéologie qui ne reconnait pas la binarité du sexe et qui fait fi du fait que les homosexuels revendiquent une sexualité fondée sur la réalité du sexe et non pas sur le ressenti du genre.

5. En comparant les deux derniers rapports sur l’orientation sexuelle, celui de 2017[xii] et celui qui fait l’objet de cette critique, il est malheureux de constater que le GRIS, en moins de 7 ans, a trahi sa mission première qui lui donnait toute sa crédibilité. La mission était de démystifier l’homosexualité et de la bisexualité et de favoriser l’acceptation des personnes homosexuelles et bisexuelles à l’école et en société. En quelques années, l’organisme est devenu le porte-étendard grassement subventionné par le gouvernement (et d’autres organismes) d’une idéologie qui fait la promotion de la pseudoscience du genre. Actuellement, le GRIS endoctrine au lieu d’éduquer dans nos écoles. C’est inacceptable. Ce rapport s’aligne davantage avec l’hypothèse que le « nouveau » GRIS fait plus partie du problème que de la solution.


[i] https://www.gris.ca/app/uploads/2025/01/GRIS_rapport-final_30jan2025.pdf

[ii] https://www.gris.ca/montee-de-lintolerance-dans-les-ecoles-le-gris-montreal-et-la-fcpq-lancent-un-appel-a-laction/

[iii] Un bel exemple de cette novlangue du genre (terme qui désigne un langage ou un vocabulaire destiné à déformer une réalité) est la définition de « Diversité sexuelle et de genre » sur Wikipedia. https://fr.wikipedia.org/wiki/Diversit%C3%A9_sexuelle_et_de_genre#:~:text=La%20diversit%C3%A9%20sexuelle%20et%20de,ou%20caract%C3%A9ristiques%20qui%20forment%20cette

[iv] https://www.gris.ca/app/uploads/2018/05/web_gris-montreal-rapport-recherche-10ans.pdf

[v] Définitions provenant du guide pédagogique pour les écoles secondaires. https://www.gris.ca/app/uploads/2023/08/GRI2301_Guide-Trans_2023_FR_complet_web_LowRes.pdf

Genre : Le genre est un concept social catégorisant les personnes selon des caractéristiques arbitraires et subjectives. Le genre peut être influencé par des aspects psychologiques, comportementaux, sociaux et culturels. Le genre d’une personne n’est pas déterminé par son sexe assigné à la naissance. (p.17)

Identité de genre : fait référence à l’expérience intime et personnelle de se sentir comme homme, femme, aucun de ces genres, à deux genres ou à une identité autre, et ce, indépendamment du sexe assigné à la naissance. Toutes les personnes ont une identité de genre.( p.17)

[vi] Pour explications, voir : https://lesexeestbinaire.com/2024/09/09/le-sexe-est-reel-et-binaire-5-sexe-genre-et-societe/

[vii] Pour comprendre l’insignifiance de la définition du sexe du GRIS (voir ci-dessous), voir  https://x.com/FrChapleau/status/1881152217064800730

[viii] https://www.gris.ca/app/uploads/2020/02/Questionnaire_Inclusif_2019_FR.pdf

[ix] https://www.gris.ca/app/uploads/2015/04/Questionnaire_court_anglo-20141.pdf

[x] https://grisquebec.org/wp-content/uploads/2018/11/Questionnaire_Regulier_2017.pdf

[xi] Vallerand, O., Marcotte, S., Lavoie, K., Charbonneau, A. & Houzeau, M. (2018). GRIS-Montréal, témoin et acteur de l’évolution des attitudes des élèves du secondaire envers la diversité sexuelle. Revue Jeunes et Société, 3(1), 21–55.

[xii] https://www.gris.ca/app/uploads/2018/05/web_gris-montreal-rapport-recherche-10ans.pdf



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Portrait de François Chapleau.

Lors de ma carrière universitaire de plus de 30 ans, en plus de mon programme de recherche, j’ai donné des cours sur une variété de sujets à des milliers d’étudiants. Parmi ceux-ci : la biologie évolutive, l’écologie et l’anatomie comparée des vertébrés, incluant un cours spécifiquement sur l’humain. Le concept de sexe binaire (mâle et femelle) est omniprésent et fondamental dans tous les cours et tous les programmes de recherche en biologie.

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