Le sexe est réel et binaire 4. Le sexe n’est pas une construction sociale

François Chapleau,
Professeur émérite,
Département de biologie,
Université d’Ottawa

« Il n’est jamais justifié de déformer les faits au service
d’une cause sociale ou politique, aussi juste soit-elle. »
Alan Sokal et Richard Dawkins
Boston Globe, 8 avril 2024

Le sexe se définit universellement par le type de gamètes produit par un individu (petits gamètes = sexe mâle ; gros gamètes = sexe femelle) pour créer, à la suite de la fécondation, la première cellule d’un être vivant sexué qui, à maturité, produira l’un ou l’autre type de gamètes[1]. Le sexe est donc binaire. Cette réalité est contestée par un mouvement anti-binaire qui affirme faussement qu’il y a plus de deux sexes[2] et que le sexe se situe sur continuum[3]. Une extrapolation de ce dernier concept stipule que les catégories « mâle » et « femelle » seraient arbitraires et serait ainsi une construction sociale. Ces dernières notions, présentes dans nos programmes scolaires, ne correspondent à aucune réalité scientifique.  

Dans cette vidéo, les questions suivantes seront abordées :

  1. Comment le concept de construction sociale a-t-il été associé au sexe?
  2. Pourquoi le sexe binaire n’est-il pas une construction sociale?
  3. Pourquoi la définition du sexe utilisée dans nos écoles est-elle fausse?
  4. Quels seraient les éléments à considérer pour l’enseignement d’une définition objective du sexe?
  1. Comment le concept de construction sociale a-t-il été associé au sexe?

Les mots sont des constructions sociales puisque ce sont les humains qui les ont créés. Ainsi, des mots ont été créés pour identifier les inventions humaines (p. ex., une chaise). Mais les mots peuvent aussi référer à des réalités indépendantes des sociétés humaines[4]. Ainsi, que les humains y associent un mot ou non, la Terre est un objet réel qui était là avant que notre espèce existe et qui sera là après notre disparition. En ce sens, le mot Terre n’est pas une construction sociale. Il en va de même pour le mot « sexe » (dans le sens de « sexe binaire ») qui est une réalité observable depuis plus d’un milliard d’années et qui existera après l’extinction de notre espèce[5].

Pourtant, le mouvement anti-binaire prétend que les catégories sexuelles « mâle » et « femelle » seraient des constructions sociales. La philosophe Judith Butler[6] est la source la plus souvent citée relativement à cette affirmation. Ces deux catégories, créées par des humains, ne correspondraient à aucune réalité biologique définie et seraient, en ce sens, des constructions sociales.

Les raisons sous-jacentes à cette prise de position anti-binaire n’ont aucun fondement scientifique, mais proviennent d’une volonté de déconstruction de la binarité sexuelle pour des raisons sociales et politiques.

Cette rhétorique pseudoscientifique des activistes anti-binaires a réussi à s’immiscer dans nos rouages sociétaux et est utilisée pour remettre en question l’identifiant « sexe » dans nos sociétés et dans nos écoles.

Une mise en situation permet d’illustrer les conséquences d’interpréter le sexe binaire en tant que construction sociale. Ainsi, lors de l’identification du sexe d’un nouveau-né, les professionnels de la santé s’appuieraient sur des lignes directrices « construites » par la société et les hôpitaux. Ces lignes directrices imposeraient l’attribution d’une étiquette mâle ou femelle sur chaque nouveau-né. Or, ces directives seraient silencieuses, dans les cas d’enfants nés avec des caractéristiques dites « intersexuelles » ou avec des traits qui ne correspondent pas à un « mâle » ou à une « femelle » typique. Ainsi, les catégories « hommes » et « femmes » seraient arbitraires, puisqu’il n’y aurait aucun trait biologique fiable qui permettrait de trancher les questions liées aux lignes de démarcation entre les catégories « mâle » et « femelle ». En ce sens, ces catégories seraient des constructions sociales créées par des humains.

Devant ce manque d’objectivité des catégories « homme » et « femme », nos professionnels de la santé en seraient réduits à décider eux-mêmes du sexe à attribuer aux nouveau-nés et ils seraient influencés par leur connaissance sociale du genre.

C’est ce que Judith Butler suggère lorsqu’elle affirme que « … peut-être que cette construction appelée “sexe” est aussi culturellement construite que le genre ; en fait, peut-être qu’elle a toujours été un genre, avec pour conséquence que la distinction entre le sexe et le genre s’avère ne pas être une distinction du tout »[7].

La biologiste Fausto-Sterling va dans le même sens en disant que « … qualifier quelqu’un d’homme ou de femme est une décision sociale. Nous pouvons utiliser des connaissances scientifiques pour nous aider à prendre cette décision, mais seules nos croyances sur le genre — et non la science — peuvent définir notre sexe »[8].

Si, selon cette logique, la binarité sexuelle est une construction sociale alors l’identification du sexe d’un nouveau-né à l’une ou l’autre des catégories sexuelles serait tout aussi arbitraire, d’où l’expression de « sexe assigné à la naissance » ou « genre assigné à la naissance ». Cela explique également pourquoi les activistes anti-binaires affirment maintenant qu’il est raisonnable que le sexe d’une personne soit finalement décidé selon un ressenti (l’identité de genre)[9].

2. Pourquoi le sexe binaire n’est-il pas une construction sociale?

Tout est faux dans la notion de construction sociale de la binarité sexuelle. Voici pourquoi.

  1. Il n’y a rien d’arbitraire dans les catégories « mâle » et « femelle ». Le sexe se définit en fonction du type de gamètes produits par un individu et il y a deux types de gamètes ; l’un lié au sexe mâle et l’autre au sexe femelle. Ce concept est solidement ancré dans la réalité et la biologie. De plus, il est invariable pour le million+ d’espèces à reproduction sexuée[10].
  2. Dans le règne animal, la plupart des espèces ne vivent pas en société et elles sont composées de mâles et de femelles[11]. De plus, ces deux catégories étaient présentes avant que notre espèce existe et elles persisteront bien après notre disparition[12]. Ainsi, les catégories « mâle » et « femelle » ne sont pas des constructions sociales[13], mais sont des catégories réelles et observables qui existent depuis très longtemps.
  3. C’est en faussant la définition du sexe que les anti-binaires sont parvenus à la notion que la binarité du sexe est une construction sociale. Or, la complexité de l’intersexuation[14] et la variabilité des traits liés au développement du système reproducteur (la notion de continuum sexuel)[15] n’ont rien à voir avec la définition du sexe; elles ne font qu’illustrer la variabilité développementale dans chacun des sexes. La définition du sexe doit toujours être centrée sur sa fonction reproductive et l’asymétrie des gamètes produits. L’intersexuation et les traits du système reproducteur ne font qu’illustrer la variabilité développementale dans chacun des sexes[16].
  4. Selon l’idéologie queer, les catégories « mâle » et « femelle », ainsi que la science et la biologie qui les aurait définies, seraient des constructions sociales qui auraient été créées par les classes dominantes qui les auraient érigées en « vérité »[17].  Ces classes dominantes, imbues de leur pouvoir, auraient imposé une façon de vivre et des normes sociales et culturelles contraignantes qui empêcheraient l’émancipation de tout un chacun en société[18], et plus particulièrement, les minorités sexuelles et transgenres. Donc, le sexe binaire serait un outil d’oppression. Or, d’un point de vue scientifique, peu importe notre perception historique ou actuelle de la société humaine ou notre volonté d’obtenir une société plus égalitaire ou inclusive, on ne peut pas remettre en question une réalité observable en nature (la binarité du sexe). Similairement, peu importe les raisons qui font que des illuminés croient que la Terre est plate ; la rondeur de la Terre, une réalité observable, ne peut pas être remise en question.
  5. Chez l’humain, le sexe est défini par la taille des gamètes et il est déterminé à la suite de l’union des chromosomes sexuels, lors de la fécondation, dans la première cellule d’un être vivant (le zygote). Il n’est pas « assigné », mais est « constaté » à la naissance et il y a seulement deux possibilités : mâle ou femelle. De plus, nos professionnels de la santé sont en mesure de l’identifier correctement dans 99,98 % des cas[19]. En cas d’organes sexuels externes ambigus (0,02 % des cas), d’autres marqueurs sexuels (chromosomes, gonades, organes génitaux internes) auront vite fait d’identifier correctement l’un des deux sexes. Nul besoin d’une notion subjective et immatérielle du genre pour ce faire.

Si c’est par souci d’inclusion des personnes transgenres ou dites « intersexuées », que des professionnels de la santé disent qu’ils « assignent » le sexe à la naissance, ils deviennent alors les complices d’une déconstruction idéologique injustifiée de l’identifiant « sexe » dans nos sociétés. Cette déconstruction a un impact sur les droits d’autres catégories d’individus (femmes, enfants et homosexuels). Ce déni de réalité, en plus de miner leur crédibilité professionnelle, n’est pas nécessaire à la reconnaissance des droits des minorités et ne sert que les ambitions politiques d’activistes en mal de déconstruction des normes de nos sociétés.

3. Pourquoi la définition du sexe utilisée dans nos écoles est-elle fausse ?

Les activistes anti-binaires sont à l’œuvre dans nos gouvernements. Un exemple flagrant et inquiétant se trouve dans la composante « éducation sexuelle » du nouveau cours « Culture et Citoyenneté québécoise » (CCQ) que nous avons brièvement discuté dans la première vidéo de cette série. La définition du sexe qu’on utilise est un bel exemple de cette pseudoscience anti-binaire :    

« Sexe : catégorie sociale qui répartit la population entre femmes et hommes à partir de caractéristiques physiologiques.[20]»

Tout est faux dans cette définition et elle n’a pas sa place dans nos écoles.

  1. On réussit l’exploit peu banal de définir le sexe sans mentionner la reproduction. Aucun lien n’est fait avec la fonction reproductive. On évite ainsi de parler de binarité et de gamètes.
  2. La définition fait référence à un amalgame non spécifié de traits « physiologiques ». Or, la mention de ces traits vise à promouvoir leur variabilité pour accentuer l’idée d’un continuum sexuel. Or, ces traits sont des conséquences ou le résultat du sexe, ils ne le définissent pas[21]. Donc, on confond sciemment cause et effet à des fins idéologiques.
  3. On ignore le million [et +] d’autres espèces qui se reproduisent sexuellement. L’anthropocentrisme est flagrant puisque les termes « hommes » et « femmes » sont utilisés. Ce chauvinisme biologique par notre espèce n’a pas sa place en science et n’est pas une valeur que l’on veut transmettre dans nos écoles.
  4. Finalement, on indique que le sexe serait une catégorie « sociale ». Ce faisant, les utilisations des termes « hommes » et « femmes » laissent sous-entendre que ces catégories seraient arbitraires. Ce qui est faux, car le terme « sexe binaire » n’est pas une construction sociale, mais décrit une réalité observable qui existe depuis un milliard d’années.        

4.Quels seraient les éléments à considérer pour l’enseignement d’une définition objective du sexe?

Dans le cadre de la reproduction sexuée, le mot « sexe » est indissociable du mot « binaire » ; il y a toujours deux sexes (mâle et femelle). Ils sont représentés par un petit gamète (spermatozoïde ou pollen) et un gros gamète (œuf ou ovule) ; le premier correspondant au sexe mâle, le second au sexe femelle. Chaque gamète contribue à 50 % de l’information génétique du nouvel individu.

Depuis un milliard d’années et pour plus d’un million d’espèces actuelles à reproduction sexuée, le sexe est donc le point de départ de la formation d’un individu mâle (chez l’humain : garçon ou homme) ou d’un individu femelle (chez l’humain : fille ou femme) qui aura le potentiel de produire éventuellement l’un ou l’autre type de gamètes.  Chez plusieurs plantes, les deux sexes se retrouveront sur le même plant ou dans la même fleur. Évidemment, cela ne remet pas en question la binarité du sexe.

L’explication de cette définition doit mettre en évidence la nature et l’évolution des deux gamètes et leurs rôles dans la fécondation.

Ainsi, il doit être noté que la différence de taille des gamètes est la source des différences génétiques, physiologiques et morphologiques que l’on observe dans les systèmes reproducteurs des espèces sexuées, incluant l’humain.  Et que cette différence de taille est le résultat d’un long processus évolutif qui précède de plusieurs centaines de millions d’années, l’existence de notre espèce. 

D’une part, chez le sexe mâle, le système reproducteur a évolué vers une spécialisation dans la formation, le transport et l’évacuation de nombreux petits gamètes, pauvres en nutriment, mais souvent très mobiles, qui sont à la recherche d’un ovule.

D’autre part, chez le sexe femelle, le système reproducteur a évolué vers une spécialisation dans la formation, la maturation et le transport de gros ovules, peu ou pas mobiles, riches en nutriments qui seront ultimement fécondés par un spermatozoïde.  

Sans cette spécialisation binaire des fonctions reproductrices, il n’y aurait pas de mâles ou de femelles.

L’identité sexuelle se retrouve dans toutes les cellules, tissus et organes du corps. Chez les animaux, elle se manifeste également par des comportements distincts chez les deux sexes.

Chaque sexe peut donc montrer une variabilité morphologique et comportementale qui a une composante génétique (sujette à l’évolution), mais également une composante environnementale.

Références


[1] Voir explications dans la vidéo : Le sexe est réel et binaire 1. Importance, définition et controverses

[2] Voir explications dans la vidéo : Le sexe est réel et binaire 2. Les personnes intersexes n’invalident pas la binarité sexuelle.

[3] Voir explications dans la vidéo : Le sexe est réel et binaire 3. Le sexe n’est pas un continuum.

[4] A. Audrey et Nicolas Casaux (2023).  Né(e)s dans la mauvaise société. Le Partage.

[5] Ibid.

[6] Butler, J. (1990). Gender trouble. Routledge.

[7] Butler, J. (1990). Gender trouble. Routledge. p. 9-10

[8] Fausto-Sterling (2000). Dueling Dualisms. In sexing the body: Gender politics and the construction of sexuality (Chapter 1). Basic books. N.Y. p. 3

[9] Voir la vidéo : Le sexe est réel et binaire 3. Le sexe n’est pas un continuum

[10] Voir la vidéo : Le sexe est réel et binaire 1. Importance, définition et controverses

[11] Byrne, A. (2024). Trouble with gender. Polity Press. p.80

[12] Ibid.

[13] Ibid.

[14] Voir la vidéo : Le sexe est réel et binaire 2. Les personnes intersexes n’invalident pas la binarité sexuelle

[15] Voir la vidéo : Le sexe est réel et binaire 3. Le sexe n’est pas un continuum

[16] Voir la vidéo : Le sexe est binaire et réel 3. Le sexe n’est pas un continuum.

[17] Lancing, L. 2024. The Queering of the American Child. 2024. New Discourses. p. 43

[18] Ibid

[19] Dans la vidéo :  Le sexe est réel et binaire 2. Les personnes intersexes n’invalident pas la binarité sexuelle, j’explique pourquoi il y a 0,02% et non pas 1,7% des nouveaux-nés aux organes sexuels externes ambigus; le  chiffre de 1,7% est souvent avancé et répété par les médias et militants anti-binaires pour donner de l’importance à ce groupe.

[20] Programme du cours Culture et citoyenneté québécoise. Ministère de l’éducation du Québec. p.56 https://www.education.gouv.qc.ca/fileadmin/site_web/documents/education/jeunes/pfeq/CCQ-Programme-Primaire.pdf

[21] Voir la vidéo Le sexe est réel et binaire 3. Le sexe n’est pas un continuum



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Portrait de François Chapleau.

Lors de ma carrière universitaire de plus de 30 ans, en plus de mon programme de recherche, j’ai donné des cours sur une variété de sujets à des milliers d’étudiants. Parmi ceux-ci : la biologie évolutive, l’écologie et l’anatomie comparée des vertébrés, incluant un cours spécifiquement sur l’humain. Le concept de sexe binaire (mâle et femelle) est omniprésent et fondamental dans tous les cours et tous les programmes de recherche en biologie.

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