Le sexe est réel et binaire 3. Le sexe n’est pas un continuum.

François Chapleau, professeur émérite

Département de biologie, Université d’Ottawa

La définition universelle du sexe implique la production, par les individus d’une espèce, de deux gamètes de tailles distinctes : les spermatozoïdes (petits = mâle) ou les ovules (gros = femelle)[1]. Le sexe est donc une réalité observable et binaire pour le million d’espèces à reproduction sexuée. Cette réalité du sexe est contestée par un mouvement anti-binaire qui prétend, entre autres choses, que le sexe d’un humain se situerait sur un continuum sexuel. Il s’agit d’un déni de réalité.

Dans cette vidéo, nous répondrons aux questions suivantes :

  1. Qu’est-ce qu’un continuum ?
  2. Qui se retrouverait dans l’espace entre les pôles mâle et femelle du continuum sexuel ?
  3. Est-ce que la notion de continuum sexuel est utilisée par nos gouvernements ?
  4. Pourquoi le sexe n’est-il pas un amalgame de traits biologiques ?
  5. Pourquoi le mouvement anti-binaire tient-il à la notion de continuum ?
  1. Qu’est-ce qu’un continuum ?

Un continuum établit le principe d’un changement graduel entre deux pôles, fondé sur certains critères[2]. Selon la vision anti-binaire du sexe, un pôle représenterait ce qu’est un mâle typique, alors que l’autre représenterait ce qu’est une femelle typique. Il resterait donc à « peupler » l’espace entre les pôles.  

2. Qui se retrouverait dans l’espace entre les pôles mâle et femelle du continuum sexuel ?   

D’une part, selon les anti-binaires de rares individus, dits « intersexes » montrant une variété d’anomalies développementales du système reproducteur peupleraient l’espace entre les pôles du continuum. On voit donc dans plusieurs définitions du sexe, la mention de personnes « intersexes » en plus des mâles et des femelles[3]

D’autre part, ce serait la variabilité des traits du développement sexuel des individus qui déciderait de leur position dans l’espace entre les pôles. On a ainsi développé des concepts de sexe complexes qui documentent la variabilité de plusieurs niveaux de sexe[4]. Ces niveaux de sexe étant : sexe chromosomique, sexe gonadique, sexe hormonal, sexe anatomique, sexe cérébral, etc.  

Ainsi, l’espace entre les pôles se trouverait peuplé d’humains ayant des degrés variables et cumulatifs de traits biologiques liés avec le système reproducteur[5].

3. Est-ce que la notion de continuum sexuel est reprise par nos gouvernements ?

Nos gouvernements ont adopté des définitions du sexe qui ne reflètent pas sa réalité strictement binaire et qui vont, implicitement, dans le sens d’un continuum. Voici trois exemples.

1. Selon les lignes directrices sur la santé et le bien-être des personnes de la diversité sexuelle et des genres du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec (MSSSQ), le sexe se définit comme suit[6] : 

« Sexe : comprend les caractéristiques biologiques d’une personne, soit ses organes génitaux internes ou externes, ses taux d’hormones ou ses chromosomes sexuels. Le sexe est généralement décrit en termes binaires, c’est-à-dire qu’on fait alors seulement référence aux femmes et aux hommes. Toutefois, la binarité ne tient pas compte de la diversité réelle des sexes puisqu’elle n’inclut pas les personnes intersexes. »

2. Le grand dictionnaire terminologique de l’Office de la langue française du Québec définit le sexe de la façon suivante[7] :

« Ensemble des caractéristiques anatomiques et physiologiques distinguant le mâle et la femelle chez les espèces à reproduction sexuée. »

Il est noté que :

« Selon leur sexe, les individus sont masculins, féminins ou intersexués.

Le sexe est l’amalgame de plusieurs concepts plus spécifiques : le sexe chromosomique, le sexe gonadique et le sexe somatique, entre autres. »

3. La définition du sexe de « L’Institut de Recherche en Santé du Canada. » (IRSC) se lit comme suit[8] :

« Le terme sexe renvoie à un ensemble d’attributs biologiques retrouvés chez les humains et les animaux. Il est lié principalement à des caractéristiques physiques et physiologiques, par exemple les chromosomes, l’expression génique, les niveaux d’hormones et l’anatomie du système reproducteur. On décrit généralement le sexe en termes binaires, “femme” ou “homme”, mais il existe des variations touchant les attributs biologiques définissant le sexe ainsi que l’expression de ces attributs. »

Ces définitions du sexe reflètent une vision anti-binaire compatible avec la notion d’un continuum sexuel. Voici pourquoi.

  1. D’une part, toutes ces définitions ignorent ou sont détachées de la fonction principale du sexe : la reproduction. Elles ne mentionnent pas la présence de deux gamètes asymétriques. On peut spéculer que cet oubli n’est pas accidentel, car toute mention du processus de la reproduction doit automatiquement faire référence à la binarité, ce qui est incompatible avec la notion proposée du continuum.
  2. D’autre part, ces définitions classent les individus en fonction d’un amalgame de traits reliés au développement sexuel. L’objectif des anti-binaires est de promouvoir la « variabilité » (par opposition à la « binarité ») de ces traits morphologiques ou physiologiques liés au sexe pour créer l’effet graduel du continuum lors de l’identification sexuelle. Or, cet amalgame de traits biologiques variables n’est pas le sexe, mais la conséquence ou le résultat du sexe.
  3. Finalement, dans les deux premières définitions, on affirme que les personnes « intersexes » sont des sexes distincts de mâles et femelles. Ceci est faux. Comme nous l’avons vu dans l’une des vidéos[9], ces personnes, peu importe la formule de leurs chromosomes sexuels ou la présence d’anomalies hormonales ou morphologiques du système reproducteur, appartiennent à la variabilité sexuelle des mâles et des femelles puisqu’elles produiront, si elles en ont la capacité, un des deux types de gamètes : petits gamètes (mâles) et gros gamètes (femelles).

4. Pourquoi le sexe d’une personne n’est-il pas un amalgame de traits biologiques ?

Il est illusoire de tenter de définir le sexe d’un individu en se fiant uniquement à un amalgame de traits biologiques liés au développement sexuel sans tenir compte du fait que l’individu peut appartenir à l’une ou l’autre des deux morphologies possibles qui vont produire de petits ou de gros gamètes. La binarité sexuelle est incontournable quand vient le temps de décider du sexe d’une personne. Je m’explique.  

Prenons un caractère sexuel secondaire, la pilosité faciale, pour illustrer l’argument[10]. La pilosité faciale est un trait (en partie héréditaire) particulièrement variable chez les humains. Certaines personnes ont une pilosité faciale marquée alors que d’autres personnes en ont peu. Or, l’association entre « pilosité faciale marquée » et « mâle » existe que parce que l’on sait que ce trait est commun chez les humains qui produisent de petits gamètes (les mâles) alors que les visages sans pilosité se retrouvent surtout chez les individus produisant de gros gamètes (les femelles). Il en va de même pour tous les traits liés au développement sexuel. 

Mais, il existe des femelles qui ont une pilosité faciale marquée alors que certains mâles en ont peu. L’idée d’un continuum entre deux pôles pour ce trait signifierait qu’une femelle qui a une forte pilosité faciale serait moins femelle que celle qui se situerait plus près du pôle femelle. La même chose pourrait être dite d’un mâle avec une faible pilosité faciale. Il en serait de même pour tous les traits.

Pourtant, la réalité est toute simple : les traits liés au développement sexuel, qu’ils soient chromosomiques, gonadiques, hormonaux ou morphologiques sont une conséquence du sexe et ils sont variables à l’intérieur de chaque sexe. Ainsi, peu importe la variabilité des caractères sexuels secondaires, des taux d’hormones, de la formule chromosomique, etc., le sexe d’un individu se détermine obligatoirement et uniquement par sa capacité à produire de petits gamètes (mâles) ou de gros ovules (femelles).   

Enfin, la simple référence à un amalgame ou à un cumul de traits biologiques pour définir le sexe d’un individu évacue le cadre organisationnel hautement structuré du développement sexuel.

Les traits du corps humain n’apparaissent pas au hasard, mais sont le résultat du déroulement d’un programme développemental séquentiel et ordonné inscrit dans les gènes. La résultante du sexe est donc une construction biologique complexe et non un amalgame de traits.

Cette construction biologique est le résultat d’une histoire évolutive fascinante qui va bien au-delà de notre propre histoire en tant qu’espèce et même au-delà de l’histoire des mammifères et des vertébrés.

Chaque étape de la séquence développementale menant vers la maturité sexuelle mâle ou femelle peut présenter de la variabilité au gré de diverses influences génétiques ou environnementales. Cette variabilité n’a rien à voir avec la définition du sexe. Elle ne multiplie pas le nombre de sexes et ne veut pas dire que le sexe est un continuum. Elle signifie simplement que le parcours du développement sexuel à l’intérieur de chacun des deux sexes est variable.  

En conclusion, la définition du sexe d’un individu ne se fait pas en fonction d’un continuum. S’il est vrai que les traits liés au sexe peuvent présenter de la variabilité, la définition du sexe doit toujours être centrée sur la fonction reproductive et sur les particularités de sa binarité. De plus, réduire le sexe à un cumul ou un amalgame de traits biologiques constitue non seulement un déni de la réalité du sexe binaire, cela constitue un déni de la réalité évolutive de notre espèce.

5. Pourquoi le mouvement anti-binaire tient-il à la notion de continuum[11] ?

La stratégie de déconstruction de la binarité sexuelle par le mouvement anti-binaire peut avoir une apparence de légitimité pour un public non averti. Elle peut sembler légitime, si on le prend sous l’angle d’une volonté d’inclusion sociale des minorités sexuelles, mais, en fait, il s’agit d’une pseudoscience.

En réalité, l’objectif est d’amalgamer, et même de remplacer, dans notre société, l’identité sexuelle binaire (homme et femme), jugée oppressive et arbitraire, par la vision subjective de l’identité de genre. Dans l’article intitulé « Sex Redefined»[12], Claire Ainsworth fait l’étalage de la variabilité complexe de divers « niveaux » de sexe pour conclure avec une citation d’un collègue qui dit : « Mon sentiment est que, puisqu’il n’y a pas un paramètre biologique qui prenne le pas sur tous les autres, en fin de compte, l’identité de genre semble être le paramètre le plus raisonnable »[13]. Elle conclut que la seule façon de connaître le sexe d’une personne est de le lui demander.

Les activistes anti-binaires sont convaincus que l’identité de genre est un critère plus « raisonnable » pour définir le sexe, car pour eux, l’existence de personnes qui ont des caractéristiques sexuelles intermédiaires (peu importe la nature des traits) entre mâles typiques et femelles typiques serait la preuve que le sexe est un continuum. Or, si le sexe est un continuum, il serait impossible de tracer une ligne de démarcation objective entre les deux sexes. Ce faisant, les catégories homme et femme deviendraient arbitraires. Ainsi, il serait odieux de continuer à classer les humains dans ces catégories, spécialement pour ceux qui ne s’identifient pas à leur sexe (les personnes transgenres). Pour les anti-binaires, il serait alors préférable de laisser les humains identifier eux-mêmes leur sexe et la position de celui-ci sur le continuum sexuel en fonction de leur ressenti (identité de genre).

Il y a ici une manipulation de la réalité pour prouver la non-binarité sexuelle. Les activistes anti-binaires utilisent la complexité et la variabilité du développement du corps humain pour obscurcir la réalité et la définition du sexe.

Or, il est impossible de déconstruire une réalité observable, tel le sexe binaire, tout comme il est impossible d’affirmer que la Terre est plate. Pour atteindre leurs objectifs, les anti-binaires ont faussé la définition du sexe et tablé sur la crédulité et la sympathie de la population pour les minorités sexuelles pour imposer leur idéologie.

Il s’agit, selon moi, de la plus grande fraude intellectuelle du 21e siècle puisqu’elle touche directement la nature humaine. Il est évident que la protection des droits des minorités sexuelles ou transgenres ne peut pas se faire en se fondant sur un déni de réalité qui affecte les droits et libertés d’autres membres de la société. Le rejet du marqueur sexuel en faveur d’un marqueur identitaire de genre nuit aux droits de femmes à l’égalité, à leur sécurité, à l’équité dans le sport féminin et à des soins de santé adaptés à leur sexe. Cela nuit aussi aux droits des personnes homosexuelles qui revendiquent une orientation sexuelle basée sur le sexe plutôt que sur le genre. Cela affecte négativement la qualité de l’éducation de nos enfants. De plus, cet activisme anti-binaire irrationnel est contre-productif pour l’émancipation des minorités sexuelles que l’on veut, avec raison, protéger.  


[1] Voir vidéo : Le sexe est réel et binaire : 1. Importance, définition et controverses (https://youtu.be/k7z5RQa4ucI)

[2] Masseron, C. (2019) Continuum. Pratiques 2019 : 183-184.   La question https://journals.openedition.org/pratiques/6737

[3] Voir vidéo : Le sexe est réel et binaire : 2. Les personnes intersexes n’invalident pas la binarité sexuelle.

[4] Fausto-Sterling (2000). The five sexes revisited. The Sciences, 40(4), 18-23. Une

[5] Toutes les études suivantes sont des exemples d’articles qui rejettent la binarité du sexe en faveur (implicitement ou explicitement) d’un continuum pour le sexe (la dernière étude parle d’une définition multivariée du sexe se jouant sur plusieurs niveaux) :

King DE. The Inclusion of Sex and Gender Beyond the Binary in Toxicology. Front Toxicol. 2022 Jul 22;4:929219.

Štrkalj G, Pather N. Beyond the Sex Binary: Toward the Inclusive Anatomical Sciences Education. Anat Sci Educ. 2021 Jul;14(4):513-518.

Massa, M.G., K.Aghi and MJHill. Deconstructing sexe : strategies for undoing binary thinking in neuroendocrinology and behavior.

J F McLaughlin, Kinsey M Brock, Isabella Gates, Anisha Pethkar, Marcus Piattoni, Alexis Rossi, Sara E Lipshutz, Multivariate Models of Animal Sex: Breaking Binaries Leads to a Better Understanding of Ecology and Evolution, Integrative and Comparative Biology, Volume 63, Issue 4, October 2023, Pages 891–906.

[6] Voir définition du sexe (p.28) dans SANTÉ ET BIEN-ÊTRE DES PERSONNES DE LA DIVERSITÉ SEXUELLE ET DE LA PLURALITÉ DE GENRE LIGNES DIRECTRICES. Ministère de la santé et des services sociaux du Québec.  https://publications.msss.gouv.qc.ca/msss/fichiers/2023/23-302-01W.pdf

[7] https://vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca/fiche-gdt/fiche/8439847/sexe

[8] https://cihr-irsc.gc.ca/f/48642.html  ( Qu’est-ce que le sexe ? Qu’est-ce que le genre?)

[9] Voir vidéo : Le sexe est réel et binaire : 2. Les personnes intersexes n’invalident pas la binarité sexuelle.

[10] Les caractères sexuels secondaires sont des caractéristiques physiques différentes chez les filles et les garçons qui ne sont pas présentes dès la naissance et qui se différencient à la puberté. Exemples : la grosseur des seins, largeur des hanches, longueur du pénis/clitoris, pilosité faciale, musculature générale, etc.

[11] Cette interprétation de la déconstruction du sexe binaire provient de lectures diverses, notamment les multiples contritions de biologistes qui ont bravement affronté la tourmente pour que la vérité à propos du sexe subsiste. Ces biologistes sont : Colin Wright, Zacharie A. Elliot, Jerry Coyne, Emma Hilton et plus récemment Richard Dawkins.    

[12] Ainsworth, C. Sex redefined. Nature 518, 288–291 (2015). https://www.nature.com/articles/518288a

Voir aussi : Sun, S. Stop Using Phony Science to Justify Transphobia: actual research shows that sex is anything but binary. Scientific American, June 13, 2019. https://www.scientificamerican.com/blog/voices/stop-using-phony-science-to-justify-transphobia/

 



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Portrait de François Chapleau.

Lors de ma carrière universitaire de plus de 30 ans, en plus de mon programme de recherche, j’ai donné des cours sur une variété de sujets à des milliers d’étudiants. Parmi ceux-ci : la biologie évolutive, l’écologie et l’anatomie comparée des vertébrés, incluant un cours spécifiquement sur l’humain. Le concept de sexe binaire (mâle et femelle) est omniprésent et fondamental dans tous les cours et tous les programmes de recherche en biologie.

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